ce que vos yeux vairons

Terrain vague

Es-tu fils de Matéo, le billot ?
Comment dit-on le feu, le feu de bois, le feu de bois vert, le feu de bois qui fume sous la pluie, les longues nattes des femmes, les roses roses brodées sur leurs foulards, tout ce que je dis, de la carte postale, image kalderashe d’Epinal.

Perpétuelle

Être patient, attendre le soir, qu’une rue que l’on aime redevienne solitaire, et demain, premier point de couleur, l’odeur du pain qui cuit, une lumière allumée dans la boulangerie, un tabernacle.

Petite magie

Je vous ai choisi, comme on désigne, enfant, un oiseau, là-haut, dans le ciel, pour le faire vous appartenir.
Ensuite, il ne faut surtout pas le perdre du regard, il n’y aura pas d’autre lien.

Géométrie dans l’espace

Dans ces moments-là, il arrive, par vaguelettes successives, de petits miracles de carte postale, le ciel tranquille d’un soleil couchant, la même fumée dans les poumons, le paquet de cigarettes a circulé, un verre de quelque chose, un muret, on est assis, on est côte contre côte, le billot et moi, pas assez fort, la solitude ne prend pas beaucoup de place, et nos regards divergent dans le lointain, deux points trop éloignés, qui ne se mélangent pas, leurs puissantes racines.

Heimweh

Le soir, l’heure, où ce qui reste d’enfant, sa résurgence qui pleure en moi.
Sur le visage du billot, aussi, une spirale de rabot, une larme de bois qui s’enroule.
La sève, saline, un même rhésus.