A « L’Aloyau »
par marronbleu
Combien de fois, vieux messieurs alignés droits dans la travée des veufs et des délaissés, seuls comme des pierres, silencieusement voûtés sur votre potage, la Mutte a-t-elle sonné votre passage, votre garde-à-vous digne devant vos oeufs mimosa ? Je devinais vos regards dans mon dos, les mots que vous auriez aimé dire et qui ont glissé sur le dossier de la chaise qui vous faisait face. J’ai retenu mon babil, ai mangé mon fruit en silence.
Le premier d’entre vous s’est levé, fragile, les joues piquées du rouge du verre de pinot gris siroté.
« Au revoir! » a-t-il flûté au serveur affairé.
« A dimanche prochain, Monsieur …. » Son nom s’est perdu dans le brouhaha des familles attablées.
Il reviendra au prochain dimanche, et au suivant. Sa table sera mise pour un. Et une ombre du passé.