ce que vos yeux vairons

L’an dernier, à la même heure

Je saurais vous dire avec exactitude pour qui j’ai écrit. Pardonnez-moi de ne savoir composer avec les vivants. Ce sont les morts qui me sont familiers. Les vivants me déconcertent. Leur langage m’est étranger. Gaffiot des langues oubliées. Marcus, tu quoque ?

Rouge Baron

Elle avait une prédilection pour ces moments qui la retiraient du cercle des autres, ces passages obligés dont elle s’affranchissait parce qu’elle en avait rejeté les règles. Les cocktails l’ennuyaient dès lors qu’il s’agissait de régler la note d’un Bloody Mary d’un bout de conversation mondaine où il était de bon ton d’éreinter et de persifler. Elle se contentait de siffler son alcool, muette. Au mieux, elle passait pour une pauvre fille incongrue, au pire pour la poivrote de service. Elle n’en avait cure. Si le champagne était bon, elle éclusait consciencieusement, s’il l’était moins, pareillement. Sa science de l’ivresse faisait fi du bon ordonnancement du cordon des bulles. Seul lui importait l’isolement, la camisole que les verres qui se succédaient nouaient dans son dos.

Leur parler ? Pourquoi donc ?

Lui parler ?

A quoi bon ?

On disait d’elle « Pauvre Hédda ».

Hédda. Qui aimait bien  moins les enfants que les chiens, et bien plus les avions que les trains. Une drôle de fille. Max le savait bien.