Vous faire mentir
La vacuité de ses jours, lourds de son seul ennui. Elle guettait en vigie la bascule des restes du jour dans la nuit et l’érosion de la lumière. Elle avait besoin de noir. Elle se remémorait et convoquait ses fantômes. Sans lui, son monde s’était étréci. L’étrange faculté d’Hédda de se rouler en boule comme une rose de Jéricho et d’attendre la rosée. Max lui était consubstantiel. Elle goûtait le poids de sa croix, aussi lourde qu’une fin de nuit, Max échoué sur son flanc droit.
Les blessures,
Le sang
De l’écriture,
Son alphabet,
Le serpent
Des cicatrices.
Mon compas
N’en croit pas
Son aiguille,
Qui pointe
Au nord,
Au sombre
De son froid,
A son hiver
Qui déserte
Et répand
En place
Du frimas,
Du printemps
La douceur
De l’air,
Et les airs
Etonnés
Des oiseaux
Pépiant,
Ainsi qu’en été,
Dans les ramures
Dénudées.
Gaze sale
Du passé
Qui endeuille
Les souvenirs
Et pose sur eux
Son crêpe sombre
De veuve.
Nous sommes
En nuit
Et j’entends
Des oiseaux
Chanter.
Les jours
S’amenuisent
Maintenant,
Et l’hiver
Présente
Ses excuses
A l’été
Qui ne s’est
Pas enfui.
Avec le temps, sa misère grandit. Elle fut bientôt haute comme un petit enfant. Six ans de silence, le prix du bannissement. Elle apprit à vivre, les yeux cloués au sol. Elle essaya de se défaire de son souvenir comme on se débarrasse d’un cadavre. Elle le coula sans le lester. Et attendit qu’il remonte à la surface. Vint le jour. Elle se mit à lui écrire, obstinée, comme on écrit au Père Noël, sans laisser d’adresse.L’une de ses bouteilles lancées en l’air finirait bien par l’atteindre. Le ciel était encombré de ses quilles de verre.
Les moucherons de
Laine en vol désordonné,
Neige de poussière.