« La lecture des pierres » Roger Caillois
Elle redoutait la nuit et sa traversée dangereuse. Alors elle se calfreutrait contre la peine et restait immobile. Les fantômes la frôlaient sans la voir. L’aube était longue à venir. Les heures étiraient leurs bras jusqu’en enfer.
Elle manquait d’air, l’air lui manquait. Elle eut peur soudain de ne pouvoir plus s’arracher du sol et se vit rampante. Sa geôle était là, à ciel ouvert. René et Max. L’opposition des pôles. Elle suffoquait à mesure que ses silences le disputaient à la pitié. Il était malhabile avec le chagrin. Irène était forte. Un compagnon d’armes indéfectible, une onde claire. Il ne sut pas composer avec les détours que prit le lent effondrement d’Hédda.
Ici le ciel était sale. Il appuyait sa poigne sur les nuques, affaissait les épaules. Ici les gens avaient perdu l’horizon, leurs yeux râtissaient une poudreuse noire comme charbon. Un cercueil de plomb. Elle chercha les nuages, mais ne vit rien.
L’été engeôlé
Dans les soutes noires de
Décembre s’éteint.