La tête à l’envers
Texte publié sur Wikipen en 2009
Le téléphone sonna souvent. Puis il ne sonna plus. Le répondeur était saturé. Toujours le même message. Elle ne l’entendait plus. Elle n’entendit pas non plus les coups qui ébranlèrent le vantail de la porte.
» Mais, merde, c’est quoi, ce bordel ? ».
Deux ombres faméliques giclèrent entre les jambes des deux hommes. Des enragées, toutes griffes dehors. Rescapées d’un holocauste intime.
» C’était quoi, ça ? ».
« Ses chats : Pschitt Orange et Latécoère ».
« Y’a eu un crash, ici. Allume ! ».
Une dévastation. Les murs étaient nus. Les tiroirs éventrés. Les portes des armoires pendaient sur leurs gonds. Le sol crissait d’un givre de verre pilé.
« Mais ça pue, bon Dieu ! ».
Un remugle indéfinissable, écœurant, giflait leur visage.
Dans la cuisine.
Le frigo. Plein jusqu’à la gueule.
Porte entrebâillée, et moteur agonisant. Un jus infâme, brunâtre, s’était répandu sur les tomettes.
Les chats s’en étaient nourris. Et s’étaient battus pour leur survie. Touffes de poils. Griffures innombrables.
Ils finirent par la trouver.
Recroquevillée sur son lit.
Maigreur effrayante.
Nouée dans les bras d’un duffle-coat élimé.
Victor s’affaissa.
« Je ne voulais pas. Je ne voulais pas… ».