ce que vos yeux vairons

Mois : octobre, 2016

Lettres mortes

Elle était là, avec son paquet de feuilles. Des feuilles qui n’avaient pas été pliées. Il y avait pourtant eu des enveloppes, et des timbres. Mais rien n’avait été relié. Nulle combinaison, nulle trinité. Elle restait muette, perpendiculaire à son bureau, avec son tombereau de papier. Ses linceuls enrubannés.

Enfleurage

Max dit « Je sens son odeur, elle était là »
René ne dit rien. A lui, la graisse, les huiles de moteur. Les effluves de l’atelier s’étaient presque entièrement superposées à un point de parfum qui avait trouvé refuge dans un recoin. De l’amande chiffonnée à une eau de toilette. La leur.

Le chemin

Composteller sa
Route comme un seul homme, trouver
Une voie, immobile.

Dilution

Grimoire de la nuit,
Ses graphites gris noirs, le jour
Annonce la couleur.

Tale off / Go around

Hedda autour du hangar, comme un derviche hésitant. Les deux prêtres dans leur naos de fer, et elle sur ses frontières.

Danser maintenant

La coupe était pleine,
Elle était vide maintenant.
Les lampions. Eteints.

La vallée de Néander

Rêver, écrire, voler, écrire, rêver. Rêver
René disait « Hedda est une fille du temps du rêve. Une fin de règne, la dernière de sa lignée. Un aboutissement sur le point de basculer »

Dolmetscher

Max était un garçon troublant, Hedda une fille tremblée. Leurs regards baissés qui ne savaient où s’accrocher. Ils étaient posés là sur le rebord des autres, à peine un pas en dehors du cercle. Hedda parlait, parlait, mais les mots ne venaient pas. Max ne disait rien. Ce rien dont elle avait été la traductrice la plus fidèle.

Clearance

Hedda eut conscience du fracas du vent et laissa aller son souffle lentement. Ils ne l’entendraient pas. Ils tournaient lentement autour de l’appareil, la voie était libre. Sans quitter du regard les deux dos qui conversaient, et dont elle ne saisit pas les propos, elle se coula vers la sortie, vague silencieuse.

Réponse

« Je suis ton seul roi ? » demanda le roi à son fou
« Oui » dit le fou « Tu es seulement mon roi »