Elles étaient là.
Elles étaient quatre.
Quatre biffins qui glanaient les champs gelés.
Soleil rasant.
La nuit l’étang grondait et bouillonnait.
Les oies étaient là.
Elles étaient prêtes.
Pour le départ.
Nourrir les oiseaux
Qui resteraient.
Max était un moine-soldat.
Impeccable et droit.
Il affrontait son Dieu.
Et composait avec le diable.
Il avait failli.
Une seule fois.
Il avait abandonné l’un de ses hommes.
Au combat, il l’avait laissé.
Sa flétrissure.
Comme une injure.
Alors il retourna
En enfer.
Enjamba les corps en gravats.
Et se mit à chercher Hedda.
Recroquevillés
Sur la plume d’un oiseau.
Fumée de son chant.
Glück auf !
Le monde avait ses rebords, son seuil, une antichambre.
Hedda s’y tenait.
A une porte des autres.
Elle leur parlait.
Elle n’attendait pas d’eux qu’ils lui répondent.
Il ne tenait qu’à elle de pousser la poignée.
Mais elle préférait s’adresser à eux, seule à seule.
Ainsi était-elle pleinement elle.
Elle n’était jamais aussi présente aux autres que dans ces conciliabules.
Avec ses souvenirs des vivants.
Les écouter lui parler.
Leurs réponses de pluie et de vent.
Et Max.
Son soleil en rage.
Sa bouche d’orage et de tonnerre.
Ses mots en fracas.
Et le soleil.
A un petit lutin très lointain
Pour faire
Une pyramide
Maya,
Assurément
Gentille demoiselle
Le conseil
Avisé
D’une petite
Abeille
Il vous faudra.
Pour une pyramide
Pastèque,
Se munir,
C’est normal,
D’un banal
Couteau
Aztèque,
Pour une pyramide
A grumes,
Trouver
Un compotier,
Elever
Une colline
De petits
Soleils sucrés,
Attention à
Respecter
Les lois
De l’équilibre,
Sinon,
Comme un château
De cartes,
Votre miracle
De clémentines,
Sur la table
De la cuisine
S’effondrera.
Patatras.
Comme un pénitent,
Scarifiant
De la haute pointe
De sa mitre
Le cuir
Bleu pâle
D’un ciel
Convalescent.
J’ai beaucoup volé. Et pourtant.
Hier.
Au rayon des fruits et légumes.
Une planète, et l’un de ses lieutenants.
Une main s’est posée sur mon bras.
J’ai tourné la tête et j’ai cherché.
Je n’ai rien vu.
Il fallait juste se pencher.
Et je l’ai vu.
Un djinn, un farfadet.
Une petite fille difforme, tordue comme un tronc.
Elle bavait beaucoup.
Elle souriait beaucoup.
Elle avait de beaux cheveux tressés.
Elle faisait peur, mais elle souriait.
Un lutin.
Se souvenir que dans les contes de fées, les lutins sont malicieux, un peu tordus, c’est vrai, mais c’est parce qu’ils viennent d’ailleurs.
Ils ne sont pas dangereux.
Ce sont des messagers.
Alors, je lui ai dit, puisqu’il est d’usage de se saluer, entre trolls:
« Salut, moi c’est A. Et toi, comment tu t’appelles ? »
Un homme âgé s’est avancé.
Son père, peut-être.
Celui qui l’accompagnait.
Il m’a dit « Elle s’appelle Claire »
Quel homme clairvoyant.
Ce prénom lui allait comme un gant.
Elle n’aurait pu en porter de meilleur.
On a discuté un peu.
On était content que le magasin soit ouvert, qu’il y ait peu de gens.
Claire pendant ce temps s’était dirigée vers d’autres caddies, et touchait d’autres bras.
Je crois qu’elle a touché un caddy anglais.
La dame a dit « It doesn’t matter »
Puis Claire et l’homme se sont dirigés vers un autre rayon.
Avant de partir, je les ai salués.
Comme il se doit entre trolls.
Je reviendrai faire les courses ici.
J’espère qu’ils seront au rendez-vous.
Qui recèlent
Encore
Les argiles
Lourdes
Des champs?
Des os
Brûlants
A
Leurs blés
Mêlés.
La terre but les pères,
Mein Bruder, erschossen wie
Ein Wild. Einsamkeit.