Carnations
Derrière la bastide, nos quartiers, une éclosion de toiles, celles des filles, celles des garçons. La vieille tente de l’armée que nous partagions, Julie et moi, sans double toit, un four kaki mangé aux mites, la myriade des petits trous au travers desquels la lune coulait le néon de ses aiguilles, blanches et fines; au-dessus de nos têtes, presque à la belle étoile, un planétarium et ses constellations inédites, dans le tissu dévoré depuis longtemps par des légions ternes de papillons.
Bien des années plus tard, un hammam damascène; le bassin silencieux où je dérivais, la coupole, briques de terre, étoiles de verre. Le soleil hachait l’air, le bronze de ses rayons se perdait dans l’eau fraîche, parfois sur un carreau de peau.
Le même velum, l’un sombre, l’autre clair, Damas et la Drôme, sous mes paupières, la nuit, son goût puissant, Nimègue, et le Liban.