Ôter Aurèle
La forêt est une
Orangerie, y poussent les
Plus doux souvenirs.
La forêt est une
Orangerie, y poussent les
Plus doux souvenirs.

Dans le placard, tout est mélangé, les bols, avec de vieilles épices, le café sent le curry.
Du pain, du lait, il n’y a pas à se casser la tête, ça laisse du temps pour tout le reste, un temps que rien n’entrave, je ne cuisine pas.
Je n’ai pas fumé depuis trois jours. Les cigarettes que j’ai ne sont pas fortes. Le désintérêt. Il n’y a pas de manque, ni de regrets, j’attends le retour de la convoitise, pour cela, il faudrait d’autres cigarettes.
Je suis fatiguée, d’une grande fatigue, peut-être comme celle des alpinistes qui gravissent des montagnes sans oxygène.
Je dors lourdement. La nuit, être enfouie sous des décombres, ne pas pouvoir sortir de la nuit, son poids énorme qui m’oblige à fermer les yeux, et j’arrive au matin, je lève mon corps de plomb, je ne suis débarrassée de rien, la fatigue s’accumule sans trêve. Ses strates géologiques.
Je suis bien là où je suis, sur des limites.
Les magasins sont loin, et proches, quand il le faut.
Ici, la maison et moi sommes les derniers gardiens avant la forêt.
Je suis là, posée sur son ourlet, à la frange de ses lèvres, un mouvement, et elle m’engloutit.
Je suis là, tout contre son bois, elle me tient chaud, et je lui tiens compagnie. Elle ne m’a pas encore chassée, ça va, elle ne s’ennuie pas, enfin je crois. Elle me tolère.
Passer die Schranke, la borne-frontière, je lui rentre dedans.
Etre dans la forêt.
Les troncs, immenses et blancs, des baleines dressées vers le ciel, les os d’animaux gigantesques.
La terreur, comme lorsque j’entre dans une cathédrale, la peur du divin qui pourrait s’abattre sur moi.
Toutes ces choses, ces pierres, ces voûtes si hautes, l’obscurité est partout, passé deux mètres, la lumière fond à mesure qu’elle approche du sommet de ces édifices.
Des églises, comme des forêts, il faut sortir, pour apercevoir à nouveau le ciel.