4ème C
L’enfance.
Sans nuance.
Cruelle.
Pauvre Mademoiselle je-ne-sais-plus-comment, notre professeur d’allemand.
Gegen Mademoiselle Diana di quelque-chose, son bourreau patenté.
Et nous, la masse silencieuse.
Mais qui ne dit mot consent.
Alors voilà Diana.
Au premier rang.
Une place inhabituelle pour la bougresse.
Mais l’occasion est trop belle.
Mademoiselle notre-pauvre-professeur-d’allemand est venue aujourd’hui armée.
Un magnétophone, pour nous faire ânonner.
« Gisela, wo ist meine Pfeife ? »
« Répétez après-moi, Gisela… »
Bzzz
Diana a discrètement débranché l’appareil.
De l’utilité d’être au premier rang, place favorite du bourreau, juste sous le bureau.
Alors Mademoiselle tapote l’instrument, tente de le relancer.
« Ah, que se passe-t-il ? »
Un ange passe.
Thomas se précipite.
Faire diversion.
Lancer la bronca.
« Fräulein, ich komme… »
Pendant ce temps, Thierry, assis à côté de la porte, et surtout à proximité de l’interrupteur, a subrepticement éteint la lumière.
Les filles crient, on est en décembre, et à 16h00, il va bientôt faire nuit.
Laurence bêle, « Fräulein, j’ai peur ! »
Nathalie tombe de sa chaise, Hélène demande à aller faire pipi, et Mademoiselle fonce dans la muleta, pauvre miura déconfit par tant d’ignominie.
Une petite banderille par-ci.
Diana a rebranché le magnétophone, qui poursuit, imperturbable.
« Wiederholen, Gisela… »
« Fräulein, ça remarche » lance-t-elle.
Et la perfide de débrancher pour la seconde fois l’appareil, pour faire taire l’antienne, « Gisela, wo… » Bzzz.
Thierry, pendant ce temps-là est aux manettes, faisant la pluie et le beau temps dans la salle de classe, qui s’agite furieusement.
Jour, nuit, jour, nuit.
Mademoiselle s’écrie, vitupère, cernée de toutes parts par une arène qui hurle et réclame la mise à mort.
Le duo est rodé et se passe le témoin sans ciller, interrupteur, magnéto, on allume, on éteint, on allume, on éteint…et Mademoiselle, pauvre bête aux abois, tourne comme une toupie entre les rangs déchaînés.
Quand elle s’est mise à pleurer, la lumière s’est rallumée.
Nous nous sommes tous tus.
Diana s’est retournée vers nous.
« Alors ? »
Personne n’a répondu.
Je crois que nous avons baissé la tête.