ce que vos yeux vairons

Mois : octobre, 2017

4ème C

L’enfance.
Sans nuance.
Cruelle.

Pauvre Mademoiselle je-ne-sais-plus-comment, notre professeur d’allemand.
Gegen Mademoiselle Diana di quelque-chose, son bourreau patenté.
Et nous, la masse silencieuse.
Mais qui ne dit mot consent.

Alors voilà Diana.
Au premier rang.
Une place inhabituelle pour la bougresse.
Mais l’occasion est trop belle.
Mademoiselle notre-pauvre-professeur-d’allemand est venue aujourd’hui armée.
Un magnétophone, pour nous faire ânonner.
« Gisela, wo ist meine Pfeife ? »
« Répétez après-moi, Gisela… »
Bzzz

Diana a discrètement débranché l’appareil.
De l’utilité d’être au premier rang, place favorite du bourreau, juste sous le bureau.
Alors Mademoiselle tapote l’instrument, tente de le relancer.
« Ah, que se passe-t-il ? »
Un ange passe.
Thomas se précipite.
Faire diversion.
Lancer la bronca.
« Fräulein, ich komme… »

Pendant ce temps, Thierry, assis à côté de la porte, et surtout à proximité de l’interrupteur, a subrepticement éteint la lumière.
Les filles crient, on est en décembre, et à 16h00, il va bientôt faire nuit.
Laurence bêle, « Fräulein, j’ai peur ! »
Nathalie tombe de sa chaise, Hélène demande à aller faire pipi, et Mademoiselle fonce dans la muleta, pauvre miura déconfit par tant d’ignominie.
Une petite banderille par-ci.
Diana a rebranché le magnétophone, qui poursuit, imperturbable.
« Wiederholen, Gisela… »
« Fräulein, ça remarche » lance-t-elle.
Et la perfide de débrancher pour la seconde fois l’appareil, pour faire taire l’antienne, « Gisela, wo… » Bzzz.
Thierry, pendant ce temps-là est aux manettes, faisant la pluie et le beau temps dans la salle de classe, qui s’agite furieusement.
Jour, nuit, jour, nuit.

Mademoiselle s’écrie, vitupère, cernée de toutes parts par une arène qui hurle et réclame la mise à mort.
Le duo est rodé et se passe le témoin sans ciller, interrupteur, magnéto, on allume, on éteint, on allume, on éteint…et Mademoiselle, pauvre bête aux abois, tourne comme une toupie entre les rangs déchaînés.
Quand elle s’est mise à pleurer, la lumière s’est rallumée.
Nous nous sommes tous tus.
Diana s’est retournée vers nous.
« Alors ? »
Personne n’a répondu.
Je crois que nous avons baissé la tête.

Sprudel, Strudel

Mon goût pour tout ce
Qui se dépiaute, se feuillette,
Palmito, makowiec.

Dummheit

Je m’épanche, et tu te penches si peu sur ma vie, et toi, le genou, ça va la (syno)vie ?

Confiteor

Dans le bocal, l’eau,
L’été, conjugaison du
Soleil au citron.

Hin und her

Je suis de l’ubac, toi de l’adret.
Juste de l’autre côté de la forêt.
Une montagne, et ses versants.
Sa ligne de partage des eaux.
Les os de nos pères.
Ligne de fracture, les mots, la frontière.
Les mots qui s’emmêlent, passée la plaine.
Ils s’en mêlent pour nous.
Schaukelchaise, ein schöner bonjour.
Une rangée de sapins en sentinelle.
Mes yeux la voit bleue, garance, et terre de France.
Ici, au fond du vallon, la forêt te ressemble, mélancolique et sombre, la tombe du soir.
Buvons, Siggi, et disons de la poésie, ta forêt est noire, mais demain.
Les sapins ne se font pas la guerre, ni noirs, ni bleus.
Les arbres ont couleur d’arbre, tellement verts, et je lève mon verre, Bruder.
Zum Wohl !
Die Sonne brille wieder.

That’s all, folks

Le temps du muet.
Vos terres, Max.

La bogue

Je mute, dans mes doigts,
Du levain, de la pâte à
Bois, je lève enfin.

Laisser prendre

De la glaise, gâchée
Au terreau, aventurer
Un pied. Attendre.

Genou en terre

Me laisser m’arbrer,
Feu vert de la forêt sur
Mes paumes adoubées.

Fireworks

Un octobre d’érables, de feuilles-bougies en incendie, le feu sur ces vénérables, et la pluie qui cire et panse leurs têtes rougies.