Nez à nez
par marronbleu
Pour l’odeur de l’hiver.
Poussez la porte d’un réfectoire, un jour bien précis.
Le jour du fruit.
Et ce jour-là, les fumets des viandes, des légumes trop cuits, évaporés.
Magie.
Toutes ces mains enfantines déchirant, han, han, en même temps, la peau épaisse d’un agrume.
Vous verrez, de table en table, de petits geysers orangés crever dans la bouche des écoliers, la lave du jus couler sur les mentons, et vous sentirez l’air se saturer lentement de l’huile entêtante des zestes.
Coude à coude.
Pointus, les mentons, les coudes, et les voix aiguës de leurs petits propriétaires.
Bouches à bouches.
Sur l’orange déchiquetée, agonie du fruit que rien ne viendra ressusciter.