L’étang, sûrement
La grêle de la pluie sur
Sa peau, inclusion de l’air
Dans des bulles-Biot.
La grêle de la pluie sur
Sa peau, inclusion de l’air
Dans des bulles-Biot.
Pour l’odeur de l’hiver.
Poussez la porte d’un réfectoire, un jour bien précis.
Le jour du fruit.
Et ce jour-là, les fumets des viandes, des légumes trop cuits, évaporés.
Magie.
Toutes ces mains enfantines déchirant, han, han, en même temps, la peau épaisse d’un agrume.
Vous verrez, de table en table, de petits geysers orangés crever dans la bouche des écoliers, la lave du jus couler sur les mentons, et vous sentirez l’air se saturer lentement de l’huile entêtante des zestes.
Le vent et sa meute, qui n’épargne rien, ni les portes qui grondent, ni les volets qui gonflent les voiles de leur ferraille, ici, il est souverain, ses proies de bois et de pierre sont faciles, mais là-haut, pour les venger, l’étang, et l’eau qu’il montera en mur, des vagues dures contre lesquelles en vain la horde s’éreintera.
Apprendre, goûter.
L’abondance de ce que je ne puis mesurer.
Le temps, le silence.
Écouter.
Tout ce qui avant m’avait oublié.
Hier, quand j’étais pauvre d’entre les pauvres.
Apprendre du vent.
Devenir son obligé.
Le laisser me faire les poches, et faire de moi son suzerain.
Riche, enfin.
Je l’ai vu, blanc. L’intercesseur, le messager. L’animal merveilleux, l’épervier de conte de fée, l’oiseau et son augure. Il fend les eaux de l’étang, et je reste sur ses bords à me consumer. J’attends. Le surgissement. Le kiosque d’un bâtiment, et sur sa passerelle, quelqu’un. Son commandant.
Si j’avais assez de foi. Je me pencherais jusqu’à y tomber, jusqu’à voir en l’étang un jardin et son herbier, où il me suffirait de respirer autre chose que de l’eau, d’écarter d’une main ce qui lui tient de posidonie, pour trouver, endormie au pied des roseaux, une silhouette, un frère du capitaine Nemo.
Je n’ai pas les doigts doux, vous auriez des cals au coeur, je les abraserais.
Qu’ai-je broyé entre mes doigts, qui crèvent. Le verre pilé du froid porté par le vent, et mes mains s’ouvrent comme des fruits trop mûrs, et j’essuie sur ma bouche un suint tiède, le goût de fer du sang, figue violette, caviar de la grenade, l’hiver, et son sucre amer.
Je l’aime de brume et de froid, quand monter là-haut me brûle les doigts, et que le vent gris raye tout de sa lame, le renierai-je, quand pour d’autres il poudroie, du bronze de ses roseaux, et de l’or du chant de ses passereaux.
La nuit,
La nuit, je dors,
Tu vois,
Ce qui s’avance
Vers moi,
Des masques
Sans chair
En grotesque
Charroi,
La nuit,
La nuit, je dors,
Je crois,
Et ce qui
Jamais plus
Ne me vient,
En grand arroi,
Le songe,
La trace
De ta voix.