Hans, Brooklyn, 1938
Une portée, des lignes bleues, le vieux cahier, les premiers mots, ceux d’il y a très longtemps, il y a prescription, je peux dire maintenant autrefois; a, des a, toute une famille de ronds maladroits, et la main de Maman, douce sur mon poignet qui apprenait, qui ne savait pas.
J’ai effeuillé le soleil, et je pleure, qu’ai-je arraché de cette fleur, plus que les pétales, les rayons et le coeur.
Le soleil aussi a froid en hiver, je le ferais bien entrer, pour le réchauffer, et le laisser un peu me brûler.
Un jour gris, son début et sa fin racornis, un jour dur, comme un bout de pain mis à sécher, faire de ses heures de pluie une chapelure, passer ses doigts dans ce sable et sa mie, la façonner, attention, prendre des gants, c’est du soleil.
Et s’il pleuvait trop,
Si la pluie faisait tomber les avions, les oiseaux.
Derrière le volet qui monte, suspendu à sa suie, le ciel bas. J’allume la lumière, son reflet sur la fenêtre, un soleil plat, un ersatz d’astre qui ne réchauffe rien. Dehors, une tache jaune, et le froid.
Je me souviens d’un lointain cours de dessin. On nous avait donné un rectangle de papier noir, très épais, et une gouge, pour le creuser. Le papier blanchissait, à mesure que nous l’entamions, nous tracions des sillons, des courbes, des lignes droites, scarifiant le carton à tort et à travers… fendant sa peau noire, jusqu’à la graisse, à grands coups de crayon..nous n’étions plus penchés sur nos tables, mais débitions de larges quartiers de baleine, il suffisait de fermer les yeux et de tracer, les murs de la salle de dessin tombaient…combien étions-nous à presque sentir l’haleine de la mer et le fracas des vagues, à rêver d’un autre destin. Dans la salle de dessin.
Luira t-il, aujourd’hui, entre la pluie, son vernis sur les granites, ses gris anthracite, ce soir peut-être. Il poussera un cédrat, jaune, sur la cendre des nuages, une bougie, et son halo, sur les décombres de la nuit.
L’herbe s’empenne, de cheveux d’oiseaux, de fils de coton abandonnés par les fétuques, le vent les natte et les défait, et les emporte. Dans ma main, la récolte.
