Aujourd’hui
Recluse, derrière un verre dépoli, la lumière, fanée déjà au point du jour.
Recluse, derrière un verre dépoli, la lumière, fanée déjà au point du jour.
Je monte le faux plat, la côte longue sous mes pas, et voilà que la courbe s’inverse, la descente s’amorce jusqu’à l’étang, ils sont là, mes Gambier, mon archipel, l’îlot qui se révèle, j’ouvre les bras sur ses roseaux, se tenir droit, au pays de Verne, je l’ai trouvé, mon continent mystérieux.
Posés sur l’eau, les oiseaux sont des Centaures qui ne laissent voir d’eux que leurs troncs. Et ce qui bat sous les flots, les pattes, les jarrets, les jambes, dans la chair de quel homme, de quel dieu sont-ils pétris.
Mirage, le massif bruissant et sombre des foulques posés sur l’étang, ils glissent lentement, fata morgana née de la nuit, du ciel noir, et de l’eau.
Que dire de novembre, noir de sa plus belle couleur, autrefois insupportable, qu’il est le mois portier de l’hiver, dont j’ai appris à aimer, le jour, les brumes, et, au soir tombant, les voiles du brouillard.
On ne dit jamais « Le quai des brumes », ou « La mort à Venise », ou encore le château d’Yquem, toutes ces choses, chaussures sans l’aiguille de leur talon.
Déshabiller une mandarine.
S’appliquer.
L’éplucher sans briser le long tortillon de zeste, et son capiton, blanc comme une pelure d’hermine.
Déposer le ressort de peau à côté du fruit.
Compter les pépins qui carient certains quartiers.
S’il y en a six, ou peut-être sept, je mangerai la mandarine.
Je fais le tour du fruit.
Il y en a moins, quatre, ou cinq.
Mais si je l’ouvre, peut-être en trouverai-je d’autres.
Manger la mandarine.
Pour vérifier.
Nicotine mandarine, mes doigts jaunis par l’huile de l’agrume, l’odeur de l’hiver, quand se déroule la corolle de ma main.