Moucharabieh


Dans ma poche, sous mes doigts, l’écorce fraiche d’une mandarine, je la zeste du bout des ongles, et je porte à mes narines l’haleine douce de l’agrume. Autour de moi, l’odeur orangée du fruit qui s’évapore dans le froid.
Le ciel est de buvard, ce soir, des ocelles grises et noires, puis le brouillard, sur son bleu de lin.
Sur les bords de l’étang, la couronne des arbres arborant le tartan de leur clan, l’or, l’ambre, la rouille du chêne, du hêtre, de l’arbre à noix, hommage de ces rois à la naissance de l’automne.


Au fond du bol froid, riche et gras, le bouillon, des rondelles de carotte, de petites mottes, des quartiers de navet, pris comme des icebergs dans la glace de la graisse, des écheveaux de poireau, chevelure verte et grise d’une Ophélie voguant sur la mer calme de la soupe. Lui donner vie, à la soupe, la poser sur le feu, regarder, humer la débâcle, la merzlota qui fond au fond de la marmite. Sortir une cuillère, une assiette. C’est prêt.
Dans mon pays tout petit, on parle oiseau, un roseau est la hampe de son drapeau, une toile de Chambray qui sèche ses bleus, le ciel penché sur l’eau.

Jpeg
Je te tourne autour, je déambule sur tes abords plantés de colonnes d’ajoncs, cloître aux champs où j’entre sans effraction, les touriers, l’oiseau, le roseau n’ont pas fermé la porte.

Jpeg
L’étang, un animal au panier, enroulé, immobile, sur son ventre d’eau et d’arbres enchevêtrés. Son souffle lent et régulier, qui retient mon pas, je marche, à la cadence de son coeur qui bat tout bas.
Regarder, intrus, sur la pointe des pieds, par le trou de la serrure. Se rêver invité.

Poser la main sur la molette du Télécran, voilà les contours d’une pièce d’eau, un faisceau de traits qui penchent, les branches d’un saule qui gravent leurs sillons, des ronds, des volutes noires de Maoris, sur la peau de l’étang qu’elles scarifient.