ce que vos yeux vairons

Mois : décembre, 2017

Noir et blanc

Dans le tiroir du haut du vertico.
Dans le désordre des photos.
L’homme est beau.
Une de ces beautés argentines, la gomina des cheveux des danseurs de tango.
La ceinture de son imperméable, qui le sangle, serré.
Il est de trois-quarts, le regard de côté.
Les mains au fond des poches, il regarde quelque chose, ou peut-être quelqu’un, que je ne verrai jamais.
La photo est craquelée, sur ses contours, les dents de carton sont usées.
Qui pour me dire, pour lire sous les rides de la photo froissée, le nom de l’homme.
C’était il y a soixante dix-ans, c’est écrit au dos.
Il n’y a plus personne.
Ma grand-mère n’est plus là.

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Pour dire merci, l’italien m’a laissé un mot, sfumato

Jpeg

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« Tous les matins du monde », l’oiseau, son dièse sur la portée

Jpeg

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Quatre décembre

Dans les rues, plus de lumière depuis longtemps.
Il n’y a plus de rue.
Sous les toits, les décombres et le froid.
Et mon père, une balle orange à la main, entre les panzers.
Une balle lancée d’un char.
Le goût de la guerre, et d’un agrume écrasé.
Mon père de cinq ans a pleuré.
Que savait-il des orangers.
Les ballons ne se mangeaient pas en ce temps-là.

« Tous les matins du monde », « Is there anybody out there »

Jpeg

Les cendres

Quelque chose a changé,
Dans la vitrine de l’antiquaire,
Posé sur un bonheur-du-jour,
Un globe de verre et sa poussière,
Une châsse terne, celant, sanctifiés,
Les viscères de chiffon, les dragées
D’une petite mariée, il était une fois hier,
Une couronne de fleurs d’oranger,
Une mèche blonde, dernier maillon d’un chignon tressé,
Tout a fané dans l’urne de verre,
Sous le ruban, des cheveux blancs ont poussé,
Desséchée, la ronde de fleurs, sur le front émacié
De la petite mariée, son odeur douce-amère,
L’oranger a flétri, la noce est entrée en son hiver.

« Duerme, duerme, negrito »

Sur la tôle
De la boîte
De Banania,
Qui n’a jamais
Senti le chocolat,
Rouge, la chéchia
De l’homme noir
Qui sourit.
Sous le couvercle,
Une odeur d’herbe
Un peu rouillée,
Celle du fenouil
Et de sa tisane
Pour bébé,
Qui a calmé,
Il y a longtemps,
Les mots de ventre
D’un petit enfant
Gourmand et barbouillé.

« Tous les matins du monde », au bout du corridor

Pousser la porte. Pousser les saules et les roseaux. Soulever de l’eau le rideau. Vous êtes arrivé à bon port.

Jpeg

Jpeg

« Tous les matins du monde », ficelle

Jpeg

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« Tous les matins du monde », papier kraft

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