ce que vos yeux vairons

Jack Moineau

Le banquet est fini.
Et je fais les poubelles, je glane, les restes d’avril, brisures, cendre de jonquilles, une tige sucrée, une primevère, sucée jusqu’à la moelle, tout m’est manne, les verts-tilleul, le sirop du soleil sur les prés, la première hirondelle qui a le goût de tout ce qui est premier, une fraise, une cerise, un baiser volé.
Je suis un biffin, là, tout mon butin.
Mon temple, avril.

Le dernier jour du doux mois d’avril

La nuit, et son drap épais.
Posé sur la canopée, comme sur la cage d’un oiseau.
La forêt se tait.
Et quand, bientôt, le soleil soulèvera un coin du voile, tomberont les oeillères, les baillons.
La vie.
Au premier rayon, le merle-muezzin, le moment incertain, le jour en bourgeon.
Et le ciel bleuit, un nuage gris.
Un à un se scellent, carreaux, Azulejos, le ciel.