ce que vos yeux vairons

Entre là-bas, et ici

Mon petit pays.
Une gêne.
Un ongle incarné, un caillou, entre eux et nous.
Sans papier d’identité, cent papiers d’identité.
Sans langue aucune, il y en a tant.
Une terre que l’on foule, sans jamais s’arrêter, à marche forcée.
Nos cathédrales de grès ont des gueules de chevalement, et les yeux de nos pères, des yeux de biches, khôl de pharaon, la crasse, talc de charbon.
On ne s’y arrête pas.
Et pourtant, il y a là le pays de mon étang, bien à l’abri.
Un recoin de paradis.

Bäumen bauen

Une herbe a pris pied, dans le goudron d’une anfractuosité.
Un arbre a soulevé le béton ferraillé, d’un bunker, bras de fer, la pierre a craqué.
Les champs, les prés, et l’été, un lacet vert de parasols, une ligne de front, à l’ombre douce, des essences qui sentent bon.
Ici, mon pays, les blessures mourront un jour, et le ciment retournera à la terre.
Tout est friable, jusqu’au souvenir.