ce que vos yeux vairons

Mois : Mai, 2018

Un point, c’est foulque

Jpeg

Albédo de nuit

Le billot est bois, pierre, et lave, tout à la fois.
Lisse comme de la fonte, souple comme du balsa.
Ses yeux, de calcaire, ses pupilles, d’obsidienne.
Sa chair mystérieuse, et noire.
Le billot est un arbre pascuan, qui regarde vers la mer.
Lorsqu’il baisse les paupières, son regard de verre, qui s’éteint.
J’attends le matin.
Me parler.

La porte à tambour s’est arrêtée

J’ai fait le grand saut.
Et je n’en finis pas de tomber.
On s’habitue.
On aime ce corps débarrassé, léger, son flottement.
Le sol est loin de moi, reformuler les lois de la gravité.
Je suis limaille, rien ne m’aimante.
Le regret, parfois.
Et puis, non.
L’école est finie, ce qui m’en chasse, enfin, l’absence de désir de maitre.
Je le salue, piété filiale, il me sourit.
La porte a toujours été ouverte.
Je n’ai rien à pousser.
Je n’ai rien perdu.

Leaves, ça veut dire feuilles, aussi

Quand parfois le vent la cintre jusque sur l’eau, la branche du saule grave sur la cire de sa surface quelque chose, le début d’un frisson.

Quarteron

Le vieux pêcheur, qui ne pêche pas.
Il observe le vol d’un rapace, son ombre par dessus les champs.
« Eine Weihe! Bou-zarde ! », et son geste ample, un éventail qu’il ouvre vers le ciel.
Il fait l’effort, alors j’approche.
Mon approche, de quel genre, Adler ?
« Adler ? »
Hum, il hoche la tête.
« Kleiner », et il rapetisse l’oiseau, l’aigle fond, son envergure s’ajuste, et le bou-zarde se fait busard.
« Ah,jo »
Les aiguilles gothiques du hochdeutsch s’arrondissent.
« Du rädscht platt ? »
Je hoche la tête.
Tout ce qu’il me dit alors, dans notre langue, les sept sources, les écrevisses, il fait le geste, il claque des doigts, comme on claque des pinces, le temps passe, l’étang est rond, une table ronde, il n’y a pas de frontière, « Bis bald ! », nous sommes dans le cercle.

Autoportrait au gnomon

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Sing, sang, sung

La lumière, je l’aurais voulue crue, passant tous les bleus du ciel au vernis.
Ici, le ciel n’est ni Roi, ni Nattier, l’été, mais parfois.
Dans l’air, poussiéreux, une farine fine, poudre de foin, passée au tamis, le vent à peine.
Et le soleil, doux sur mes bras, son jaune à la détrempe, une fin de brasier, tiède.
Il n’y a personne, les champs, et l’étang sont quiets.
Chanter tout bas, mais mon pas ne s’accorde à rien.
Alors je me tais, et ce qui vient, boum, boum, chiourme de galériens, qui freine ma foulée, il me semble traîner des chaînes.
In petto, le chant des marais.
La maison est loin.

Minnesang

Les stridulations, oh! pas fort.
Les cigales, de l’Est, du Nord, mon Nordeste.
Petites chapelles aux champs, dont le vitrail des ailes renvoie des vêpres, accent occitan, non, elles frottent du rugueux, un peu, du franc, du francique, jusqu’à l’allemand le plus doux, une langue lavée, Wotan balayé, ne reste que le nectar du chant, sur le Neckar, un lied, son élixir, Vercors, et von Ebrennac.

Tout en haut de la photo

Jpeg

Juste cela

La nuit, froide.
Le billot, les pieds brûlés.
Un feu, pour faire griller du café.
L’air embaume.
L’air empuanti, l’écorce a pris, et brasille.
Bientôt, le café fume.
Les pieds du billot fument.

Le goût amer, et fruité, de la tasse tendue.
Le billot ne parle toujours pas.