Le petit bras, nymphéas

Le billot n’a pas bougé.
Il est d’un blanc sec, et usé, la Javel de la mer a érodé son aubier, l’écorce, tannée, le sel, en cristaux, sur sa peau.
Le plus beau n’est pas de cuir.
Il le garde au dedans de lui.
Noir.
« Me parleras-tu ? »
Les soubresauts, ceux de l’air.
Violents, l’ozone, la cordite, la chair entrouverte de l’orage, l’intime d’une odeur, absolue, les nuages, lourds, vraquiers noirs que le vent pousse, et le danger.
Avec le billot, je tente le bambara, le mandingue, tu me rends dingue, parle, espèce de bout de bois.
Et là, dans sa bouche, sans une écharde, le lait noir de Césaire.
« Pardonne-moi »
Le bois, ne rudoie.
Ici, ne sont que débris, et fétus, de la forêt échouée, son broyat.
« Es-tu de bois, déraciné ? »
Le billot ne bronche pas, sans membres, sans voix.
Que reste t-il d’arbre, en toi.
Ton visage, tes cernes lourds, en lèpre, sous ton regard.
Tout cela, plus que moelle.
Leur petite pluie de plaies de crépon sur les blés, coquelicots dans les prés.
Ce qui me semblait écho.
Des mots prononcés in petto.
Une boule de papier froissé, dont je lisse les plis d’accordéon, et j’entends.
Cabossé, entre les lignes bleues de la tablature, le souffle, silicose du bandonéon.
Indicatif Tango.