Unterlinden, unter den Linden
Bientôt, leurs fleurs, qui encensent, enchantent tout ce qu’il y a d’air, ici, et là, ailleurs, les tilleuls.
Bientôt, leurs fleurs, qui encensent, enchantent tout ce qu’il y a d’air, ici, et là, ailleurs, les tilleuls.
Erre.
Je me cogne, et le sang, aux arêtes grises des blocs de ciment.
Un labyrinthe vide, des cénotaphes, une vallée des Rois ?, vallée de la mort, s’enfoncer dans le boyau, jusqu’à frôler les restes du Minautore, la bête est morte, la longue litanie des noms, sept ans de psalmodie, donner un nom à tous ces grains de sable, un visage passé au lait de chaux rosit lentement, et retourne à la nuit.
Hans, Peter, et Rosa.
Vous n’êtes pas morts bien longtemps.
Le temps de vous trouver, et vous voilà papier.
Ma mémoire est une urne, vos cendres ont fécondé un grand arbre, dont on fera peut-être une pâte, un grand chandelier.
Suffira t-il de fermer les yeux, et de laisser faire les paupières, je ferme les yeux, et je gomme tout ce noir du paysage, les paupières, je compte sur vous, comme il longtemps, je comptais sur les effets du stylo effaceur à encre, qui jaunissait de son acide, les mots gros de fautes de mes copies.
Je cligne frénétiquement, mais sur la page blonde de la plage, rien n’y fait, rien ne fond, le billot, noir, couché comme un i foudroyé.
Il est noir, l’orage est passé sur lui.
Le décor.
Un grain de sable.
Sur la plage, voilà qu’un billot roule doucement, remué par les flots, un billot, ça gémit ? ça roule des yeux ?
Un grain de sable.
Je cherche du bois, pour faire un chandelier, du bois sec, à la forme torturée, juste la forme.
Ce bois qui râle me fait peur, ses noeuds sont cheloïdes, il craque, je ne vois pas en lui un chandelier, j’aimerais tant, le bois et moi, je ne dis pas, mais lui, le tronc, bloc de Pernambouc, qui bruisse, comme on bruisse, loin, là-bas, exotique, et moi, je bruisse la peur, je voudrais le repousser à la mer, mais elle ne le reprendra pas.
Maintenant, il est là, sur le sable.
Le décor.
De haut en bas.
Le jaune du soleil, et son blanc, qui est bleu, le ciel est un oeuf.
Feu vert, un pin parasol, et tout cela qui se brouille dans l’eau claire, la mer.
Entre l’eau et le ciel, un pli de terre, une langue blonde, du sable, une langue, Cybèle, petite cloche d’étain dans le lointain, la Dalmatie, et son confetti d’îles, si jolies.
Se promener, des billots de bois flotté, des troncs ébranchés, de l’os de seiche, y tourner des chandeliers, des troncs noirs et lisses, où sont passés les bras, l’écorce en lambeaux, fortune de mer, les arbres, les hommes font la planche, marée noire sur des plages qu’elle carie, le goudron a un goût de sang venu d’Abyssinie.
L’étang, petite mer aux champs, cuvette d’un géant, de l’eau aux amarres, qui a renoncé à sa liberté ? pour que je puisse m’y promener. Je m’interroge. Et si. Et si.
HansPeterRosaetAaron.
Jevousnoueparleprénom.
Je vous bottelle, vous mon fagot.
Pour ne pas que vous vous perdiez.
Vous, l’histoire, mon histoire, j’aurais pu vous inventer.
Vous êtes hier, et aujourd’hui, histoires de rien, sur les mers, d’autres saccages, d’autres fers, frères galériens, la mer.
Décor.
Le ciel, le ciel bleu, de nuit, l’hiver, l’été, les nuages, cirrus, lenticulaires, le ciel, le chemin, le bitume, le gravier, et la terre, la terre sur l’eau, la digue, l’étang, les oiseaux, le printemps, l’odeur de l’air, un brûlis, un arbre sous la pluie, de la rosée saturée de rose, Damas, le sable du désert, une loggia sur la mer, entre les colonnettes, au loin, un trait blanc d’écume.
Les corps.
Laisser pousser leurs plantes.
Terreau du décor.
Fendre une ardoise.
Lire dans la lauze, l’empreinte, le sceau-cylindre d’un nautile, le cachet de cire d’un prince.