ce que vos yeux vairons

Mois : Mai, 2018

Entre là-bas, et ici

Mon petit pays.
Une gêne.
Un ongle incarné, un caillou, entre eux et nous.
Sans papier d’identité, cent papiers d’identité.
Sans langue aucune, il y en a tant.
Une terre que l’on foule, sans jamais s’arrêter, à marche forcée.
Nos cathédrales de grès ont des gueules de chevalement, et les yeux de nos pères, des yeux de biches, khôl de pharaon, la crasse, talc de charbon.
On ne s’y arrête pas.
Et pourtant, il y a là le pays de mon étang, bien à l’abri.
Un recoin de paradis.

Bäumen bauen

Une herbe a pris pied, dans le goudron d’une anfractuosité.
Un arbre a soulevé le béton ferraillé, d’un bunker, bras de fer, la pierre a craqué.
Les champs, les prés, et l’été, un lacet vert de parasols, une ligne de front, à l’ombre douce, des essences qui sentent bon.
Ici, mon pays, les blessures mourront un jour, et le ciment retournera à la terre.
Tout est friable, jusqu’au souvenir.

Tératologie

Tous les piébaldismes ne sont pas blancs, ou gris, Mephisto, Ruggero Raimondi, j’ai vu, dans la campagne de Weimar, la branche blanche d’un lilas, se couvrir d’une mèche, son oxydation, vert-de-gris.

Toccata et fugue

Mozart, qui n’a pas eu le temps de devenir Bach.

Vol libre

A l’abri d’une grille.
D’une résille, d’un moucharabieh.
Se jucher sur la plus haute branche de quelque chose, derrière le réseau des frondaisons.
Éprouver, jusqu’à la lie du vertige.

« Nous n’irons plus au bois »

Gélive, un aubier de printemps, la naissance du sentiment.
Le paillis de mes mains, à ses pieds, entre le froid, et la frange de ses racines, le scion, fragile.
Mon souffle, doucement, et tiède.
L’arbre me choisira t-il, ma terre, contre la fin d’un exil.

A tort et à travers

Elle l’avait épousé, avec rage.
Louise, dure, un minéral éconduit.
Elle n’avait jamais voulu l’aimer.
Eugène, l’immiscé.
Eugène, qui attendait l’été, pour aller se promener, et cueillir des fleurs des champs, tous les jours que Dieu faisait, quand Il faisait pousser des fleurs, un petit bouquet frais pour Louise.
Et Louise, jour après jour, jetait le bouquet à la poubelle, à la fin du jour.
Alors, Eugène est mort pour oublier.
Sa tristesse lie-de-vin, au fond du fossé, où on l’a retrouvé.
Louise a pleuré des larmes dures.
Des larmes douces.
Son homme.
Le passé saccagé.
Être eux, un peu des deux, parfois.
L’amour, tour à tour.

Non raffiné

Ebarber.
De la virtuosité de la Reine de la Nuit, à l’ison le plus pur, retrouver la couleur primaire, sous la colorature, céder le ruban, pour une toile de bure. Voyager léger.

Lapidaire

La pierre, effeuillée.
Des plaques, veinées.
Le marbre, un carnet, Rizla.
Dans mon assiette, un poisson froid, pétales de quoi, du skrei, de l’anchois, je le triture, je gâche du ciment.
Je mange, cela ne donnera rien.

Bail emphytéotique

Chez moi, dans vos bras.