ce que vos yeux vairons

« Gaspard de la Nuit »

Le billot, albédo zéro, est noir.
Sans reflet, une nuit, une chambre, volets fermés.
Un noir, dont ne revient pas la lumière, le visage d’un mineur, qui dort, le blanc des yeux, tournés vers l’intérieur.

Souriez

Dans la cour, sous la treille aux raisins acides, un baquet en zinc, qui chauffe tout l’après-midi, un fond marin de fer blanc, où miroite le soleil, et des ombres de feuille de vigne, le corail noir d’une ou deux mouches, ma grand-mère ne va pas tarder à arriver, pour nous mettre à l’eau, mon frère et moi, dans le baquet étroit, j’entends son pas, je ne la vois pas, sur la photo aux bords dentelés, elle doit avoir été happée là, dans ce no man’s land en noir et blanc, sous ma langue, une boule verte, acide comme de la rhubarbe, que le temps n’a pas adoucie, je fais la grimace.

Désorientation

Elle est eau, elle est pierre, une goutte de calcaire, un rouage, une ouvrière, une heure, une année, erratiques, le temps, sans mesure, il pleut, il sèche, la stalactite pousse sa racine, une longue termitière dont la reine est l’obscurité.

En une fraction de seconde

Une poignée de sable, j’écarte les doigts, chutes du Niagara.

Photo d’identité

Le fauteuil est de dos.
Le billot aussi.
Une couronne de bois dépasse du cadre, sa nuque, la télévision.
Je le regarde, qui regarde les informations.
Et si, comme un enfant, à genoux sur la banquette, tourné vers la lunette arrière d’une auto, il me regardait, comme un paysage qui s’éloigne.
Où sont tes yeux.