ce que vos yeux vairons

De chasseur-cueilleur à

Je lis.
Avec joie.
Il l’a écrit.
Avec désarroi.
Il l’a écrit.
Je lis.
Goulûment, je saute des mots, le texte est roté, je savourerai après, là, je dévore, à tort et à travers, sans mastiquer, la tranquillité. Après.
Puis je ne lis plus.
La peur de délaver.
La panse, dilatée.
L’admiration, qui dilue, et je diminue, minuscule Alice.
Je ne lis plus.
Je reviendrai.
Je domestique ma soif, mal.
Je reviendrai au point d’eau.

Le témoin

Quand, lisant.
Mon regard, happé par les crocs très doux d’un mot-piège-à-loup, vu ailleurs, lu dans une autre vitrine, un texte ami, une page secrètement admirée, circulation des locutions, qui essaiment, la pointe noire d’un mot, ici, puis là, on se passe le précieux d’une braise, on fait les poches du dictionnaire, écrire, on dérobe, une guerre du feu.

Glück auf, Nemo

Sous l’eau, comme des bouchots, des cordons de kelp, qui plongent.
On les suit du regard, puis tout noircit, vert-mouvant, le soleil a ses limites, et s’éteint, comme un apnéiste aux poumons brûlants.
Au-delà, les racines, l’ombilic des algues, qui poussent, droit vers le fond.
Ici-bas, une salle des pendus, comme chez moi.
Une pieuvre fait la roue, paon marin, la roue d’un chevalement, et de son puit ennoyé.