ce que vos yeux vairons

Rien à déclarer

Le voyage commence là.
Me gargarisant.
Les borborygmes, déjà, ont une autre couleur.
Les bulles claquent autrement, l’intonation n’est plus la même, et ce ne sont pas encore des mots.
Ma bouche est une bétonnière, et le ciment, le gravier, s’y mêlent différemment.
Le voyage commence là, ma bouche se moule, comme du feutre sur une forme à chapeau, étrangère, la frontière est là, je laisse le français derrière moi, ma voix s’assombrit, je suis en Forêt Noire.

Stammen

On dit rouge.
Mais le pin Douglas n’est pas rouge, couleurs rognure de taille-crayon, avec des coulures lichen sur les bardeaux qui grisent.
La maison des bois.
Avec, en fin de nuit, et parce que c’est ainsi, au fond du vallon, des traces noires, la terre, les nuages au ventre encore bleui, des caries, là où le soleil ne perce pas, et le bruit.
Sous le porche, frère tourier, le long carillon de bambou, qui n’a pas d’heure pour vibrer, le vent arrête, précipite le temps, roulant le galet de bois entre les lames, où est-on, en forêt noire, en Annam, tout à la fois, et le torrent, en contrebas, du verre blanc qui se brise, gonflé comme une veine sur une tempe, ça et là, un éclat d’or sur le gravier, dans l’eau, le soleil et sa pyrite, je perds haleine, je voudrais tout dire du petit vallon qui m’est pays, gâcher de la gouache, ma mémoire peint, splish, splash.