ce que vos yeux vairons

Reliquaire

Urwald.
On dirait un prénom d’avant l’an mil.
Ici, séculaires, les arbres, de la forêt, l’homme s’est retiré.
Les arbres doivent mourir seuls, sans artifice, la foudre, que sais-je.
À la cognée des bûcherons, abandonnée depuis longtemps répond le lancinant taac-tac-tac, du pivert, qui fore.
L’arbre en mourra, dans longtemps, agonie de saint Sébastien.

Marcher à Majorelle

Jpeg

Spuren

Jpeg

« Ihr seid angekommen »

« Les camions passent »
S’ils passent.
Vouloir le vallon.
Comment mesurer mon appétit pour ce thalweg, cette saignée plus noire encore que les arbres qui l’ombrent, berges sombres d’une plaie croûtée.
C’est que ce pli, qui s’enfonce loin sous les sapins, qui peine à exister entre les hautes murailles de la forêt, qui se dilue souvent, la pluie, le bruit du torrent, est l’île à laquelle je me lie, symbiote de longue date, puis, lorsque la route me rote, comme un bout de bois drossé sur la grève par la tempête, alors tout s’annule, tous les vertiges, ceux des embûches de la route, ma peur de la route, un voile se déchire, il suffirait alors d’un rai de soleil sur la terre, pour que je me prosterne, et que je l’embrasse, dans un geste papal.

Les cimes

Sur une carte, ce n’est rien, juste une petite masse.
Dans un pli du papier plastifié, elle est là, la bosse, quelques cernes gris, on dirait une verrue aplatie, une montagnette, tout le monde, tout le monde, qui a le pied alpin en rit, sauf moi.
Sur la carte, tous ces ronds gigognes, juste un dessin.
Mais quand sous le pied, ils commencent à se dresser, d’abscisse en ordonnée, comme une vague scélérate, quand on glisse, sans crier gare, du détail de la cartographie, à ce bitume défoncé, où de part et d’autre, écument les sapins, cette mousse verte, qui masque à peine l’abrupt du ravin, alors.
Alors, la chamade.
Un éboulis, à l’intérieur, le coeur.
A l’arrivée, après le séisme, ne restera de moi qu’un pierrier.
La peur avance sur moi, moraine, comme un glacier.