ce que vos yeux vairons

Mois : juin, 2018

Photo d’identité

Le fauteuil est de dos.
Le billot aussi.
Une couronne de bois dépasse du cadre, sa nuque, la télévision.
Je le regarde, qui regarde les informations.
Et si, comme un enfant, à genoux sur la banquette, tourné vers la lunette arrière d’une auto, il me regardait, comme un paysage qui s’éloigne.
Où sont tes yeux.

Reddition

Les murs, ma peau, arides, et la poussière, qui s’insinue, même la nuit, même sous les paupières, les fenêtres, grand’ouvertes, comme des bras grand’ouverts déposant les armes, la chaleur.

Fahrendes Volk

Le sommet pointu de ces langues de granit, Kusturica, Kaurismäki, Eicher, wie Schwizerdütsch, Guggisberglied

Alep

Je froisse des feuilles de laurier, loin, un savonnier.

Premier lé

Je m’assois au bord.
J’attends.
A ma droite, entrant dans le cadre de l’étang, un pinceau, un grèbe huppé, son zigzagzao.

Mitose

La marge sombre du jour, un reste de nuit blanche, deux aimants qui se repoussent.

Eye-liner

Ma trace carbone, le sillage noir que tu lis.

Terrain vague

Es-tu fils de Matéo, le billot ?
Comment dit-on le feu, le feu de bois, le feu de bois vert, le feu de bois qui fume sous la pluie, les longues nattes des femmes, les roses roses brodées sur leurs foulards, tout ce que je dis, de la carte postale, image kalderashe d’Epinal.

Perpétuelle

Être patient, attendre le soir, qu’une rue que l’on aime redevienne solitaire, et demain, premier point de couleur, l’odeur du pain qui cuit, une lumière allumée dans la boulangerie, un tabernacle.

Petite magie

Je vous ai choisi, comme on désigne, enfant, un oiseau, là-haut, dans le ciel, pour le faire vous appartenir.
Ensuite, il ne faut surtout pas le perdre du regard, il n’y aura pas d’autre lien.