L’échelle

Je pose une écuelle, dehors.
Bientôt, saunier du soleil, je viendrai recueillir, au fond de l’eau, un caillou d’or, mouvant, entre mes doigts, au gré des nuages, qui passent.
Près de mon oeil il volète, l’écu d’or, tonalité majeure du rai de lumière, qui s’enfonce dans un pli du voilage, un courant d’air, puis il s’immobilise.
Je bouge, et glisse mon front sous la tache blonde, j’enroule mon bras dans le rideau, sari, ceinture de passemanterie.
La maison est traversée, Sébastien, Sebastienne.
Aiguilles, le soleil, et le soir, mikados d’argent, on est si près de la lune, un rai de musique en sourdine, un point d’acupuncture, l’oreille, en sommeil.
De l’eau, brute.
Pas d’intercession, un cumulus est ici un nuage.
Elle est vive, le torrent coupant, ou captive, dans la cuisine, Wasserstein, et tout d’un bloc, un cube de savon gris, tout est rêche, tout est fait pour ressentir sa peau, la sortir de l’oubli.
Hier, rien.
Aujourd’hui, deux marcheurs.
Je suis une vache qui paît sur sa terrasse.
Le petit train passe.
Des pas, un marcheur.
Je glisse, de singleton, à solitaire.
Son tee-shirt blanc s’éloigne, comme la voile d’un bateau.
Il disparaît.
Mon île se reconstitue.
Si je voyais le monde, comme un batracien cavernicole, qui ne voit rien, les yeux n’auraient plus d’importance.
Avec le temps, ils finiraient par tomber.
Il me pousserait peut-être d’autre mains, que j’userais à lire.
Tous les brailles, toutes les rides.
Les creux, les épaisseurs, me parleraient.
Être touché.
Le doux, le chaud, qu’est-ce qui me dirait le beau.
Dedans, le triple vitrage, dehors.
Tic-tac, l’horloge, tac-tac, deux bâtons de marche.
Sur le carreau, la crotte d’un oiseau, la chiure, comme un chalazion sur une paupière, je regarde les sapins au travers, un prisme noir.
Je n’entends pas comme je vois.
Ailleurs ne figure sur aucune carte.
Programmer le GPS, refus d’obstacle, il ne comprend pas.
C’est un bout du monde, mieux, un bout de monde, une miette tombée par terre.
Ailleurs peut être partout.
Bien regarder par terre.
Autour de soi.
Le dé-paysement.
La langue étrangère d’un visage, du vent qui passe d’une autre manière dans les bois.