Der, die, das
Heureusement, il y a le genre adidas, quand on hésite.
Un ange passe.
« Il fait toujours beau, ici »
« Mais oui, die Sonne brille »
« Lunettes de soleil ? »
« Non, le soleil scheint »
Lazzi.
Heureusement, il y a le genre adidas, quand on hésite.
Un ange passe.
« Il fait toujours beau, ici »
« Mais oui, die Sonne brille »
« Lunettes de soleil ? »
« Non, le soleil scheint »
Lazzi.
Dalà, mon sabir, la reliure d’un dictionnaire qui n’existe qu’en une circonstance bien particulière, d’abord, se tenir icihier, hic, si tu préfères, et hic, c’est de l’autre coté de la frontière, wo die Tannen grün sind, verts si tu préfères, baragouiner, ni l’allemand, ni le français, une langue étrange et gémellaire, vois, Schaukelchaise pour rocking chair.
Puis tout s’écarquille, tout ce qui a des bras, le regard, la couronne des arbres, moi, et le soc du chasse-neige, sa lame double, qui ressemble au rostre d’un animal antédiluvien, à la plume de fer du stylo de Gulliver, la maison, je m’en approche, et le ciel se penche sur son toit, la cheminée est le premier barreau d’une échelle qui disparaît dans les nuages.
« Voilà ».
Si près du ciel.
La porte s’ouvrira.
Urwald.
On dirait un prénom d’avant l’an mil.
Ici, séculaires, les arbres, de la forêt, l’homme s’est retiré.
Les arbres doivent mourir seuls, sans artifice, la foudre, que sais-je.
À la cognée des bûcherons, abandonnée depuis longtemps répond le lancinant taac-tac-tac, du pivert, qui fore.
L’arbre en mourra, dans longtemps, agonie de saint Sébastien.
« Les camions passent »
S’ils passent.
Vouloir le vallon.
Comment mesurer mon appétit pour ce thalweg, cette saignée plus noire encore que les arbres qui l’ombrent, berges sombres d’une plaie croûtée.
C’est que ce pli, qui s’enfonce loin sous les sapins, qui peine à exister entre les hautes murailles de la forêt, qui se dilue souvent, la pluie, le bruit du torrent, est l’île à laquelle je me lie, symbiote de longue date, puis, lorsque la route me rote, comme un bout de bois drossé sur la grève par la tempête, alors tout s’annule, tous les vertiges, ceux des embûches de la route, ma peur de la route, un voile se déchire, il suffirait alors d’un rai de soleil sur la terre, pour que je me prosterne, et que je l’embrasse, dans un geste papal.
Sur une carte, ce n’est rien, juste une petite masse.
Dans un pli du papier plastifié, elle est là, la bosse, quelques cernes gris, on dirait une verrue aplatie, une montagnette, tout le monde, tout le monde, qui a le pied alpin en rit, sauf moi.
Sur la carte, tous ces ronds gigognes, juste un dessin.
Mais quand sous le pied, ils commencent à se dresser, d’abscisse en ordonnée, comme une vague scélérate, quand on glisse, sans crier gare, du détail de la cartographie, à ce bitume défoncé, où de part et d’autre, écument les sapins, cette mousse verte, qui masque à peine l’abrupt du ravin, alors.
Alors, la chamade.
Un éboulis, à l’intérieur, le coeur.
A l’arrivée, après le séisme, ne restera de moi qu’un pierrier.
La peur avance sur moi, moraine, comme un glacier.
Tout là-haut, c’est le plateau, l’entrée du vallon, le goulot.
Je connais la route.
La peur est un natron qui me contracte comme un bout de bois.
À chaque virage, elle incrémente.
La route s’étrécit de plus en plus, jusqu’à n’être plus qu’une trace, comme une fente, dans l’os d’un pare-soleil inuit, et le monde se contracte, je me concentre sur la route qui monte et tourne, une cochlée qu’il faut enrouler, encore un tour de manège, le sommet semble insaisissable, tout est vertige, autour de moi, à travers la sueur qui embue tout, mes yeux, la peur qui poisse les paumes, les hauts sapins qui gyrent, la route-fugu. Le vallon est tout en haut, un tabernacle, et ce chemin de croix qui me terrifie.