ce que vos yeux vairons

Mois : juin, 2018

Rien à déclarer

Le voyage commence là.
Me gargarisant.
Les borborygmes, déjà, ont une autre couleur.
Les bulles claquent autrement, l’intonation n’est plus la même, et ce ne sont pas encore des mots.
Ma bouche est une bétonnière, et le ciment, le gravier, s’y mêlent différemment.
Le voyage commence là, ma bouche se moule, comme du feutre sur une forme à chapeau, étrangère, la frontière est là, je laisse le français derrière moi, ma voix s’assombrit, je suis en Forêt Noire.

Stammen

On dit rouge.
Mais le pin Douglas n’est pas rouge, couleurs rognure de taille-crayon, avec des coulures lichen sur les bardeaux qui grisent.
La maison des bois.
Avec, en fin de nuit, et parce que c’est ainsi, au fond du vallon, des traces noires, la terre, les nuages au ventre encore bleui, des caries, là où le soleil ne perce pas, et le bruit.
Sous le porche, frère tourier, le long carillon de bambou, qui n’a pas d’heure pour vibrer, le vent arrête, précipite le temps, roulant le galet de bois entre les lames, où est-on, en forêt noire, en Annam, tout à la fois, et le torrent, en contrebas, du verre blanc qui se brise, gonflé comme une veine sur une tempe, ça et là, un éclat d’or sur le gravier, dans l’eau, le soleil et sa pyrite, je perds haleine, je voudrais tout dire du petit vallon qui m’est pays, gâcher de la gouache, ma mémoire peint, splish, splash.

Pied grès

Jpeg

Creuset

Ces grandes solitudes arctiques, antarctiques, ces solitudes de désert, et leurs ferments, le vent, les bruits, sinon, la folie, le sable, la pierre, qui poncent, musique, minérale, un oiseau, sec, une foule d’oiseaux, qui criaillent au-dessus de l’eau, tout ce qui brûle, le froid, le chaud, et vous pousse hors de vos entrailles.

« Impression, soleil levant »

Les strates, étagées, l’arôme compliqué du café, comme une messe à plusieurs voix, tuilées, le brûlé, l’amer, une mêlée, je verse une louchée d’eau sur la mouture qui gonfle comme le dos d’un chat, le café goutte, un sablier, marron, tigré noir.
Guillaume Dufay, salve flos, les voix en macramé, qui coulent, au rythme du café.
Un moment heureux, le matin se trouble de ce que j’aime.
Et je pousse tout ça, tabula rasa, carambolage.
En miettes, les mots faciles, creux et légers, sans fracas.
Dans le poème, ceux que j’aime ?
Mettre des mots sur eux, mon seul vêtement.
Les laisser transparaitre.
Dans ma maison, laisser entrer du bois vivant.

Les cernes

Jpeg

Les marches

Jpeg

Papied

Jpeg

Compagnons

En l’oasis, le partage de l’eau, et le pain pousse, vue d’en haut, une coronarographie, l’eau, en vaisseaux, jusque sous les moindres radicelles, dans les parcelles, entre les pieds des arbres, réglés, les bouillons frais d’un ballet, et entre les falaises de grès veiné, la vie, sur le ciel, le vol d’un ibis, un motif, noué, furtif, sur la lisse verte d’un tapis, volutes des palmes.

Talons

Jpeg