ce que vos yeux vairons

Mois : juillet, 2018

La rencontre, le chemin

Je suis à la surface, celle des choses, il faut être lourd de quoi, de quelles expériences, de quelle histoire, de quelles années, pour se laisser couler vers un intime humain, toucher plus loin, que la chair d’une phrase, toucher du doigt, un autre doigt, résister, ne l’inclure, comme un insecte, à la goutte d’ambre qui se fige là.

Illusion d’optique

Tout est question d’angle, de distribution de la lumière, un épais verre de mineur, café marron, sucre en ciment, sa taille diamant, et la cuillère de gros fer, ouvrir, baisser le volet, jeu de rideau, laisser le soleil faire, autour, sur la table, lettrines dansantes, attendre, un rayon sorti du prisme, Arcopal, arc-en-ciel, et le verre devient sulfure, cristal de Saint-Louis.

La rencontre

Je vous offrirais un arbre ? J’aimerais.
Lequel.
Un saule, un peuplier, attendez.
Demander à la forêt, au boqueteau, aux rives du marais.
Lequel d’entre eux, se donnera, bien avant que je ne le fasse.
Qui ? est un arbre.

Les empreintes

Infini tapis de soie fossile ramené d’Italie, le trésor d’une maison, l’été.
Terrazzo usé jusqu’à la corde, lessive des années à grande eau, sa lisse mais dure, mais douce, mes pieds le cherchent, ils ne me demandent pas.
Ils me mènent là, dans l’embrasure de la fenêtre, voir au loin la poussière de blé sur les champs, la balle qui vole, on moissonne, je ne vois rien d’autre que ce nuage en suspension, ni tracteur, ni rien, pas de bruit, et mes pieds, au frais, dans ce carré d’ombre, où le soleil jamais ne paraît.
Je marche sur un bout de voûte céleste effondrée, ciel étoilé, je godille, la marelle entre le quartz et le mica, fraîcheur de fontaine dans la maison, le calme.

Veillée d’armes

La touffeur, le vent, comme un foehn, chaleur de sèche-cheveux, les oiseaux se taisent, espèce après espèce, le dernier à résister, le merle, et le ronflement des voitures climatisées, de la rue monte une odeur de pierre poussiéreuse. Une grosse goutte de pluie, lustrale.

Électricité statique

Le ciel, jusqu’alors doré et presque blanc, à force de soleil, se trouble maintenant, du bleu-thé, aux nuages pu’er.
Je file, des forces formidables se rassemblent à la surface de l’étang.

Temps de pose

La cuisine, de nuit, le volet, entrouvert, et la crémone, qui retient la fenêtre de claquer, la maison, de tous ses pores, éclose sur la rue, les rideaux tirés, comme des mèches de cheveux coiffés derrière l’oreille, je formule des voeux, « Que la maison vire de bord », et se mette vent debout, du courant d’air, sur les noyaux abandonnés sur la table, un petit tableau, une assiette de cerises, une tache de jus, où s’abreuve un insecte, le ressort de sa trompe, comme un petit anneau de chair forgée, le vent la remue, et la nuit continue.

« Les sonates du Rosaire »

J’embarque, l’après-midi est une rivière, des boucles, de lents méandres, un songe troublé, l’annonce de l’hiver faite à l’été, là, d’épaisses feuilles vernissées, qui brunissent sur les bords, combien me reste t-il d’étés, avant la décrépitude, avant de n’être plus que cosse de caroube.

Le gardien

C’est un rectangle, en pente douce, peut-être la seule chose douce ici, le très vieux cimetière, avec de très vieux morts, la mousse remplit les noms en creux sur les stèles, et le grès fond, peu à peu, les tombes tombent, dessous la terre, les morts se recroquevillent, jusqu’à ne plus laisser trace d’eux, et le terrain s’affaisse, les pierres se couchent, l’été, une paillasse d’herbes hautes, l’hiver, dur, un châlit, la terre brune.
Et les pierres redeviennent cailloux, chapelure des os, tous les morts, depuis longtemps, ont poussé entre les branches du très grand arbre qui vit ici.
Une vigie, un phare de bois, lanterne ultime, un grand chandelier, dont blanche, chaque fleur au printemps est une goutte de cire prête à s’enflammer.

Portion triangulaire de fromage fondu

Je suis du peuple des petites souris, là-haut, la grand’roue du soleil, je ferme la porte, arc en plein cintre, de mon petit logis, sis 1, recoin d’une plinthe, et trottine à pas menus et japonais, mes petites dents en avant, présenter mes hommages du matin, ô Râ, à l’objet de mes dévotions, avant que la lune ne l’enveloppe de papier d’argent.