Le haut cahier, page 34
Je me couche, cire perdue, dans l’empreinte de marbre du dormeur, mon corps, justaucorps, s’ajuste en fondant à sa forme.
Je me couche, cire perdue, dans l’empreinte de marbre du dormeur, mon corps, justaucorps, s’ajuste en fondant à sa forme.
La respiration s’amenuise, le soufflet des poumons à l’oeil nu ne soulève plus rien, je transporte mentalement le dormeur dans quelque crypte royale, le temps de la sieste, un éphémère gisant, son marbre incongru, aux veines basanées, dynastie d’un après-midi, le temps bref d’un empire, puis le Carrare bouge, sous la statue, le vide d’un cénotaphe, sa pierre tiède.
Cocons de soie au bain, chacun se dévidant, l’eau frémissant, la multitude des fils tressant un mince ombilic au-dessus du bouillon, ainsi, me semble-t-il, jour après jour, le soleil me dépouille de ma bourre.