ce que vos yeux vairons

Le haut cahier, page 43

Un carton minuscule, sur le bord du chemin, une étiquette de prix, où pend encore un lacet de plastique, et dont l’encre noire déjà se dissout, la pluie, sur la Forêt Noire.
Je le ramasse, fossile de papier, résidu pétrochimique.
Je redescends dans la vallée.
Je ferai moins cas d’un papier gras au coin de la rue, fossile, pétrochimie, papier blabla, est-ce l’altitude, où tout m’ulcère, qui me rend sentimentale.

Le haut cahier, page 42

Dans le haut parc naturel, je suis le monde, celui de la vallée, où il n’y a, de plus haut que les sapins, que les poutrelles Eiffel d’un gros poteau électrique, je suis le monde, qui foule les mousses du chemin de mes semelles de caoutchouc, je me retourne, les sphaignes spongieuses ont la délicatesse de ne pas garder trace de mes traces.

Le haut cahier, page 41

Je monte le sentier, mes pieds égrènent les cailloux, couscous des petites pierres, qui roulent sous mes chaussures, les nuages filent, un écheveau blanc se déroule parmi eux, d’abord incision sèche, puis se dilue sur le ciel, un avion très haut, hématome silencieux, ici-bas, le torrent fait la loi, maitre de musique, l’avion, les pierres, mon pas, notre contre-temps.

Le haut cahier, page 40

Elles sont, scieurs de long, les fougères, leurs crosses, qu’elles projettent, rostre d’un requin-scie des forêts, et la lumière se déchiquette et se fend, à gauche, l’ombre de la bûche, à droite, des miroitements, le soleil, en morcellement, et lambeaux.