ce que vos yeux vairons

Mois : août, 2018

Neuf presque

Le voile boréal, du rideau, la nuit.
La brise le drape, la lune le diapre, dans la chambre, d’un blanc arctique, un marbre mouvant, le vent qui tombe le fige, un frisson sur sa chair, dépôt de la brume.

Huit presque

Lointain jeu d’enfant, les yeux d’Icare.
Alors, voir s’avancer, sous le papier pelure des paupières, les tommettes brique d’un petit planétarium, où dansent mouches et soleils noirs.

Sept presque

Nébuleuse d’Orion, je tends mes bras-Hubble, j’en fais une boule de cristal, où circulent les brumes colorées d’une divination, j’attends que se lève le voile, le cliquetis ancestral des sequins d’or du foulard d’une gitane.

Six presque

Un plafond, la tapisserie, un détail du médaillon, tout m’est nuage, l’ombre chinoise d’un bourdon, j’esquisse la savane dans la touffeur de l’après-midi, dans le lointain somnolent, un avion, Finch Hatton,
« Et tout le tintouin », dirait quelqu’un.
Fonte des neiges du Kilimandjaro.

Cinq presque

Il y a un ciel, thé léger.
Une terre, brou de henné.
Une aube, sang rouillé, se lève.
En moi, la nuit est une serre, le rêve est son orangerie.

Quatre presque

Je garde dans ma poche un papier blanc, plié à la façon des diamantaires.
Il n’y a rien, dedans, d’un trésor.
Je n’ai rien à perdre.

Trois presque

La nuit, sur un quai gris.
J’attends le rêve-fantôme.
Une nuit-Tinguely, une roue tourne, ting-geli-ting-geli.

Deux presque

Tumbleweed.
J’ai tapé « plantes qui roulent dans les westerns », dans le moteur de recherche.
En français, on dirait  » un virevoltant »
Je pourrais.
Mais je ne dis rien.
Film muet du rêve

Un presque

Pousser la porte du fond de l’abri sous roche, se laisser glisser le long de la crevasse, pariétales bleues, comme de la glace, qui naissent de l’obscurité, la porte du fond de la maison, qui bat, sur ses gonds, ailes de papillon, leur pâte de verre, rêve de lumignons, une pêche, dans le filet, des écailles du soleil.
Le désarroi gris du réveil.
Il n’y a plus rien sous les paupières, de la poussière sous le tapis.

Récit corallien- 16-1

Revenir, petite Gomorrhe, en arrière de l’écrit.