ce que vos yeux vairons

Mois : août, 2018

Le haut cahier, page 62

À parts égales, stalagmite, stalactite, l’arbre.
Ses concrétions à ciel ouvert.
La forêt verte est une grotte.

Le haut cahier, page 61

C’est un arbre remarquable.
Un arbre à adjectif, la prairie est son enclos.

Le haut cahier, page 60

Un taon mord la tranche de ma paume, la cerise d’une grosse goutte de sang, devant moi, des insectes rapides, leurs trajectoires rectilignes d’aéronefs futuristes du « Cinquième élément », qui ne tiennent compte de rien, juste ma main, un obstacle à sucer, jusqu’à la mort, mon autre main écrase la mouche accrochée à la plaie, à ma gauche, en montant, à droite, en descendant, le torrent cascatelle, le bruit d’une baignoire qui se remplit, y plonger le poinçon, oh, l’eau, premier baume.

Le haut cahier, page 59

Je suis ainsi que ce figuier étrangleur, un enfant sauvage, qui passe son cordon autour du cou de sa terre-mère.

Le haut cahier, page 58

Bleue, belle, vue du ciel.
Combien de temps encore, avant qu’elle ne se confonde avec une boîte de Pétri, pilulier à virus, la Terre.
Nous proliférons à la vitesse du cancer, et je suis, moi, ce milliardième de cellule qui constitue sa maladie mortelle, car je suis de la race animale des hommes…

Le haut cahier, page 57

Je suis de la race animale des hommes.
Celle qui fait chavirer, les hommes, la terre.
Insecte ravageur.

Le haut cahier, page 56

Les tendons, reliant de leurs lambeaux le passé au présent, devant moi, mon récif-t coral-lien, je ne passe pas la barre, je n’échappe pas à mon île.

Le haut cahier, page 55

Au-dessus des nuages.
En dessous, la rumeur, l’agitation, sarabande désordonnée, nous n’avons pas appris des fourmilières.
Du bruit, de la fureur, sur le bord d’une tête d’épingle.
Sommes-nous plus, vus des confins.
Le temps de le prononcer, rien.
Pas même une piqûre dans le cuir de ce qui nous entoure.
L’univers nous gobe, et nous digère.
Nous, hommes, sommes le gaz de son rot.

Le haut cahier, page 54

L’île, ce ruban de Moebius, où même l’eau finit par être ciel, construction de l’esprit, ce bout de trottoir peut être île, et mes yeux, un coin de miroir, very small telescope.

Le haut cahier, page 53

Vous êtes, pulsar, et je n’ai pas la clef pour vous lire.
Je vous regarde.
Voici, de quoi écrire.