ce que vos yeux vairons

Mois : août, 2018

Le haut cahier, page 52

Une étoile filante, et mes yeux se desillent.
L’été, le ciel, dilaté, et après le ciel, après, il y a quoi, derrière.

Le haut cahier, page 51

Des mots, en l’air, qui tournent, se combinent, retombent par terre.
Du vers pilé, dans la battée.
Et là, il se passe quelque chose, poésie de la méiose.

Le haut cahier, page 50

Il ne vient plus personne, ici.
Sur la table, le soliflore.
Une hampe d’origan, le bouton d’un papillon sur sa sommité.
Il vient de se poser.

Le haut cahier, page 49

Cette nuit, salmigondis, entre le gras du cauchemar, une effraction douce, la queue d’une comète, la maison de mes grands-parents, dans le salon, j’ai touché les volutes de bois du bahut.

Le haut cahier, page 48

La maison, son profil d’été, trop haut pour un hâle, et son revers, camée de l’hiver, ils sont là, ses paroxysmes, le froid des hautes solitudes.

Le haut cahier, page 47

Maintenant que le ciel se fait plus clément, moins Impitoyable, ce qui le trahit, une armoire de vêtements, je l’ouvre, la chaleur, un fauve tapi, qui en jaillit.

Le haut cahier, page 46

Le ciel-artiste, Arturo Brachetti, Arlequin, je tourne la tête, les nuages changent leur mosaïque en un clin d’oeil, Paphos et Ravenne, et là, noir-orage, et blanc, dallage de la cathédrale de Laon.

Le haut cahier, page 45

Dans la maison du haut, il y a une petite pièce, un peu à l’écart, une anfractuosité du temps, tout s’y est arrêté, le musée de la poussière, seule, une pendule à crémaillère, glissant doucement le long de sa tige dentelée, son tic-tac de seule vivante, doux mouvement de la gravité.

Le haut cahier, page 44

Sur la maison du haut, par endroit, maintenant, les bardeaux grisent, bandeaux surannés d’une coiffure lisse, et lourde, sur les tempes, piébaldisme que fait pousser le temps, le mauvais temps, la pluie, la neige, le vent.

Le haut cahier, page 43

Un carton minuscule, sur le bord du chemin, une étiquette de prix, où pend encore un lacet de plastique, et dont l’encre noire déjà se dissout, la pluie, sur la Forêt Noire.
Je le ramasse, fossile de papier, résidu pétrochimique.
Je redescends dans la vallée.
Je ferai moins cas d’un papier gras au coin de la rue, fossile, pétrochimie, papier blabla, est-ce l’altitude, où tout m’ulcère, qui me rend sentimentale.