Petit matin brumeux sur la lune

Tout oublier, tractus vocal lisse, équarri, une peau que l’on ponce, jusqu’à la rendre vierge, antérieure à toute leçon, mords la pulpe de tes joues, efface jusqu’aux traces du palimpseste, par l’interstice de la bouche, laisse entrer le vent, l’eau, ton krill, et le ciel tout entier, bleu tengri
Préoccupation
Du jour, il pleut, faire les courses,
Caddy tout mouillé.
Palmyre en 3D, résine dans les ateliers
La via Appia, que l’on vient fouler
Le Colisée
Les ruines, charmantes
Décombres fumantes
« Corbeaux d’Alep »
Dupliquer l’odeur des pins,
Mouchoir sur le nez, la chair brûlée
Les suppliciés ne font pas de beaux restes,
Sauf chez
Une raie manta, l’eau,
Comme l’air, sur l’aile delta,
D’un André Turcat.
La chambre
Il y a un trou dans le drap, pas un trou de cigarette, les bords sont effilochés.
La nuit n’arrive pas à être noire, derrière le rideau, le glissando des klaxons, en bas, dans la rue.
Le lendemain
Dans le hall, une conduite d’eau a éclaté, l’eau cascatelle sur les marches de marbre, c’est catastrophique, féerique, jardins de Sans-Souci.
Au dessus de ma tête, partout, dans la ville, des fils électriques, comme des touffes de cheveux emmêlés.
Baalbek, Balbec, la Bekaa, dans la plaine, des cubes de plastique bleu, ou gris, jute des cabanes des journaliers, à l’ombre des colonnes doriques du temple.
De l’autre côté, c’était un pays.
Ont-ils détruit, aussi, le château de Saladin, qui surplombe Palmyre.
Les gens disparaissent, balle-shamin, petits Tadmor de poche, et les norias de Hama, qui grondent, noires, comme dans un cauchemar d’Edgar Allan Poe.