Dans les rues
Les jours se roulent en boule, novembre
J’aurais aimé connaître le geste de l’allumeur de réverbère
La traînée lente de sa poudre dans la nuit
Les jours se roulent en boule, novembre
J’aurais aimé connaître le geste de l’allumeur de réverbère
La traînée lente de sa poudre dans la nuit
De tous les arbres qui poussaient chez nous.
Un mitage de vergers, dispersés à travers champs, entre les maisons.
Ils étaient, faites place, le roi passe, mirabellier suave, quetschier musqué, poirier.
Poirier rabougri, aux fruits durs et verts, insolite.
Un cerisier, que j’aimais, à son pied, un massif d’heuchères, couleur foie-de-veau, on passe ainsi du rosat le plus tendre, au plus sombre, lie-de-vin, le fond du jardin, un nuage, jus de joue rosée, jus d’orange sanguine, un coin de tableau doux, et son nuancier, résine, gelée-de-coings, vaporeux d’un Léonor Fini
De ces immeubles, tout a été vendu, la maison au cerisier, aussi.
Pousse ici, maintenant, un vieux mirabellier, résurgence du verger d’à côté, qui a passé la clôture, passager clandestin, qui porte peu, ou rien, il a ses papiers, depuis le temps.
Je n’en ai planté qu’un.
L’arbre à coings.
La terre, sigillée,
Sceau de ses racines, au bas du cartulaire
Je signe du pouce, encre brune et noire de l’humus