ce que vos yeux vairons

Les temps obscurs

Comme sont tombés de Lucy,
Les poils, la mandibule puissante,
Au moment de devenir Homme,
Une femme du genre humain,
Ce qui ne sera plus indispensable à notre survie
S’atrophira-t-il aussi,
Le langage, et son appendice,
L’inutile poésie

Kleinigkeit

Tout m’est sanctuaire, quand il s’agit de vous, mes pluriels, mon singulier
Une enveloppe vide, sans étrennes, mais il y a l’écriture de mon père, qui penche toujours, comme un peuplier sous le vent
Ces photos où je ne reconnais pas mes grands-parents, ils étaient jeunes, comme jamais
Ces livres en caisse, ces bibelots précieux et dérisoires, où toute la moelle de ma mémoire s’est réfugiée
Tout ce dont je suis avare jusqu’au péché, qui ne vaudra kopeck, après, je conjure le sort comme une vieille gitane, je ne finis pas la phrase, après reste en suspens, suspendu comme ces gouttes d’eau défiant la gravité, sur ces photos au ralenti.
L’après, je l’ai vu, le coeur serré, un après-midi de vide-grenier, une paire de vieilles chaussures, oh, pas une de ces antiquités, une paire de chaussures vieilles, de dame âgée.
Tout à côté, posé, un petit tableau creux, une couronne de fleurs en plastique, et une mèche de vrais cheveux.

L’alarme

Les mouches entrent
L’air qu’on leur fait au dehors est irrespirable
Ceux qui restent à la lisière,
Derrière le rideau la vitre le volet clos
Les oiseaux qui s’épuisent
Leur air, ison bref, les bréchets fragiles halètent,
Métronome désordonné, pizzicato, les moineaux,
Il est loin le temps des trilles soyeuses,
Les cerises aussi sont en sursis

« …le calme enchantement… »

Je pourrais toucher, du bout du doigt,
Le bandana où transpire le suint de sueur
De Frank Thorn
Soylent Green sonne notre glas
Alors j’écoute Jeux d’eau si fort,
Que ruisselle sur moi le morceau
Je dépose ma peau humide, sur le valet de bois, à côté du lit
Dormir
La nuit est de cendal, et pour seule camisole,
La voix solitaire d’un enfant,
Les premières mesures de La Nuit, de Rameau,
Sa beauté spectrale, comme un Noël