ce que vos yeux vairons

Mois : juin, 2019

Extinction des feux

Le va-et-vient roux de l’écureuil, dans l’arbre
Une lumière douce qui s’allume et s’éteint,
Entre les branches, un petit néon, qui clignote,
De la chaleur, rien ne l’atteint, ni cilice, son pelage,
Mais complice, le soleil de la saint Jean

Je pense à l’Atlantide de l’ours blanc, qui s’éteint sur la banquise qui s’abîme, le crépuscule de l’animal sur son radeau, celui de la glace qui se change en eau

Un fruit sec tombe des mains minuscules du petit écureuil
Vivre.
Être de l’espèce d’Alice, devenir petite, et tomber.
Lueur d’aube, au fond du terrier

Les temps obscurs

Comme sont tombés de Lucy,
Les poils, la mandibule puissante,
Au moment de devenir Homme,
Une femme du genre humain,
Ce qui ne sera plus indispensable à notre survie
S’atrophira-t-il aussi,
Le langage, et son appendice,
L’inutile poésie

Kleinigkeit

Tout m’est sanctuaire, quand il s’agit de vous, mes pluriels, mon singulier
Une enveloppe vide, sans étrennes, mais il y a l’écriture de mon père, qui penche toujours, comme un peuplier sous le vent
Ces photos où je ne reconnais pas mes grands-parents, ils étaient jeunes, comme jamais
Ces livres en caisse, ces bibelots précieux et dérisoires, où toute la moelle de ma mémoire s’est réfugiée
Tout ce dont je suis avare jusqu’au péché, qui ne vaudra kopeck, après, je conjure le sort comme une vieille gitane, je ne finis pas la phrase, après reste en suspens, suspendu comme ces gouttes d’eau défiant la gravité, sur ces photos au ralenti.
L’après, je l’ai vu, le coeur serré, un après-midi de vide-grenier, une paire de vieilles chaussures, oh, pas une de ces antiquités, une paire de chaussures vieilles, de dame âgée.
Tout à côté, posé, un petit tableau creux, une couronne de fleurs en plastique, et une mèche de vrais cheveux.

L’alarme

Les mouches entrent
L’air qu’on leur fait au dehors est irrespirable
Ceux qui restent à la lisière,
Derrière le rideau la vitre le volet clos
Les oiseaux qui s’épuisent
Leur air, ison bref, les bréchets fragiles halètent,
Métronome désordonné, pizzicato, les moineaux,
Il est loin le temps des trilles soyeuses,
Les cerises aussi sont en sursis

« …le calme enchantement… »

Je pourrais toucher, du bout du doigt,
Le bandana où transpire le suint de sueur
De Frank Thorn
Soylent Green sonne notre glas
Alors j’écoute Jeux d’eau si fort,
Que ruisselle sur moi le morceau
Je dépose ma peau humide, sur le valet de bois, à côté du lit
Dormir
La nuit est de cendal, et pour seule camisole,
La voix solitaire d’un enfant,
Les premières mesures de La Nuit, de Rameau,
Sa beauté spectrale, comme un Noël

Stille Nacht

La nuit titube et tombe,
Tout ce que la chaleur avait de cru, les mots qui dessèchent la bouche, au moment de les prononcer, touffeur, et poussière, fond,
Dans le bassin, l’îlot rouge et blanc des poissons se meut en nuage lent, feu grégeois des écailles entre les roseaux
Puis l’eau se trouble, lait gris qui caille
Fin du tableau

Poissons carrés, poissons avec deux bras, deux pieds

Les nasses, les casiers à homards
Ils ont la taille des poissons, des crustacés des bas-fonds
Ceux qui piègent les bans d’Omar, qui flottent entre deux eaux, sont oblongs, les brins d’osier forment des paniers, qui avalent des hommes à la peau noire, leur badine, sur ce menu fretin
La pêche, donne-lui le nom que tu veux, nauséeuse, mon coeur a le mal de mer

Peep show

À côté des bouillons énormes du fleuve,
L’échelle à poissons, chemin de croix
Échelle de Jacob, un poisson monte,
Mutant, Jack et le haricot magique
Il franchit la passe
Je regarde, depuis la rive,
La baleine de béton expulser son Jonas
L’effort, surhumain
Je me sens bête

Les couleurs

Bio-hazard, le laboratoire-bunker,
Pression positive, la vie inoffensive
Est rejetée à l’extérieur

Je regarde le documentaire.

Entre les perles du noyau des olives,
Mince portière qui bat sous la brise,
Deux mouches, l’une bleue, l’autre verte,
Font leur chemin jusqu’à moi, bourdonnent
Plus fort que la voix-off du téléviseur,
Se moquent de la barrière ajourée
Accrochée à la porte, labyrinthe léger,
Choisir, laisser encore entrer ici l’été