ce que vos yeux vairons

Mois : juin, 2019

Jardin, miniature

Le bout du doigt, noir, Le nom de la rose, l’index
Au terreau, le gant se déchire, et les volutes
Apparaissent, en courbes de niveau, géologie
Du grain de la peau, j’essuie ce qui dépasse,
Ce qu’il en reste, en ombres chinoises,
Contours d’un mont
J’essuie encore,
Filet de fumée dans la brume
Je pique un brin d’herbe, débris de plantain
Le vent passe dans la branche de saule
Les mains dans l’eau de l’arrosoir, l’estampe se dilue
Mais sous l’ongle, en vernis fusain, le trait d’un repentir,
Au loin, qui sombre et s’efface, la colline, éboulis de karst

L’orage-nuage, Karagöz

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Des Knaben Wunderhorn

Revenu de l’île des morts à la Saint Silvère,
Le passeur convoie Lazare en son linceul,
Accoste sur la grève, au loin, l’église,
Sur son parvis se joue un miracle

Vol de nuit

L’heure intercalaire, petite protubérance,
Entre la première de la nuit, et la plus noire,
Le champ-baleine rejette son bézoard,
Jonas, entre la glaise, et le rêve, de la
Fente des paupières d’Ivan Ogareff,
Le regard, mystérieusement tatar, la vis
Sans fin du corps de pierre d’une ammonite,
Une pièce de monnaie, je frotte son fer,
Jusqu’à l’aube, jusqu’à l’or, dans le premier
Rayon du soleil, l’éclat d’une plume, Homa !
Je broie du noir sur la pierre à encre,
Pour toute tablature, les lignes de la main,
Mais, scribe endormie, la plume et le poème
Se désagrègent sous mes doigts

Unter den Linden

L’air n’en puit mais, charmant encore, avant,
Le sillage de l’arbre, maintenant, âcre,
L’orage est là, ondoie le tilleul de son chrême
Dans le fracas, dispersant son oliban suri,
Spores sorties de la poire vénéneuse d’une vesse,
Portées par le vent, et les fenêtres se ferment
Brusquement sur cet éther puant. Tous songent,
L’effroi, ce qui les enivre n’a plus pour nom encens

Répons

Attendre, à la mode de Jean-Baptiste Grenouille,
Roulé en boule, tel ces roses de Jéricho
Qui s’ouvriront à la rosée, le temps clément
Revenu, la boule de papier froissée se
Déplie, comme un film rembobiné, croissance
D’un mot, les autres, à foison, suivront,
La lettre s’évase, et grandit, vase
Au bouquet, les fleurs, et leur crépon

La neige, et juin

Jpeg

Standard-Island

Je fus sur une île, est-ce cela, une île,
Si encombrée, qu’il me vint vîlle, chose imprononcée,
Aux lèvres, les gens, les Jean, et Jeanne, et j’en
Fus une, l’île allait couler, il eût suffi
Pour cela, d’un Jean surnuméraire, d’un pied butant
Sur une pierre-bonde, et la baignoire de se vider
De son eau, et de ses hommes-mousse

Je fus sur une île si lourde de nous tous,
Que je l’entendis bêler, comme un mouton jeté
Dans un bain à déparasiter
.
Puis l’île se tut, rendue à son sort, vint son havre, la nuit,
Les Jean et Jeanne, repus d’elle, revenus au port, se sont endormis.
Je dors, bloom de la neige.