Orage, le ciel en flaque d’eau


Jpeg
J’ai une grand-mère, et la lumière
Est le souvenir, qui se prend dans ses cheveux,
Un coquillage, à la nacre bouclée, perle
Qui s’irise, de cette teinte des vagues,
Avant l’orage, dans un lagon, vert, gris, et neige,
Une île très australe, juste avant qu’elle ne meure,
Là-bas, une caldera qui s’effondre dans les eaux
Derrière l’horizon, les falaises des Marquises
Planter, côte, à côte
Pour le pollen, un thuya de Chine
Un lentisque, pour la résine
Vaquer à d’autres occupations, pendant quelques années, si l’on peut.
Le temps de la pousse
Le moment venu, déplier un drap blanc, entre les deux
Un arbre pleure, ses larmes lentes, le long du tronc, jusque dans le grand mouchoir
L’autre se répand, pulvérulent, spores d’or, sur le suc
Entre leurs racines, les grains d’un ambre éphémère, qui fondra avec la nuit.
Dans les boites aux lettres,
Où poussent des graminées, où nichent les oiseaux,
Sur un tas d’enveloppes desséchées,
Plus rien d’autre, que du vivant
J’espère un pli, un rouleau de papier,
Écriture à la plume d’oiseau,
Et poudre fine, siccative,
Qui boit l’excédent d’encre
L’écran est lisse
Je passe le doigt
Nulle poussière n’en exsude
Il n’y a pas de courrier aujourd’hui
Ceci est du sable
Je le ratisse. L’oiseau, qui
Sautille, cunéiforme
Territoire du poème. Quelqu’un est adossé
À un arbre. Le décor n’est plus lettre morte
La mer est venue,
Jusque dans la forêt. À
Quai, un steamer fume
Dans la couveuse, où je plonge la main,
Les flocons chauds et jaunes des poussins,
Ils dorment, leurs petites ailes parfois se soulèvent
Sur le coffre minuscule de leur bréchet,
L’odeur de plume tiède, les becs oranges,
Des épines dans le désordre, sur des boutons de rose,
Qui respirent doucement, l’un piaille
Je retire ma main
L’aurore orange et rose, le safran passé d’un sari
Pas un souffle d’air,
Rien ne remue les nuages, dans leur pépinière,
Rien d’autre, dans ma paume, que la couleur chair de ma peau