Tu vois de la terre rouge
Des croix de saint André qui flottent,
Le bois desserti des colombages.
Le torchis blanc rosit,
Et les images dévalent,
Par tombereaux,
La plaine irisée,
Millions de boutons de nacre
S’écoulant des réservoirs,
Soleils à la benzine,
Ebrus, beaux à pleurer.
Tu vaques dans la maison,
La tienne tient debout.
Demain, viendront des amis
Du pays du mistral,
Sabreurs de rubans.
La nappe.
La vaisselle brille
Dans le deux-corps de noyer,
Ne gâche pas leur lustre,
Suspends un instant
Tes battements de coeur déchiquetés,
L’eau coule,
Mais ce cercle-là
Ne se fissure,
Les anneaux de leurs bras.
Avant l’au-revoir,
Nous aurons échangé
Notre verroterie, nos ortolans,
Nos poisons violents,
Eux, les banons,
Les alentours de
L’abbaye de Montmajour,
Contre l’onguent
Dans son pot de grès rond,
Griebenschmalz,
Qui sent la fumée du plateau,
Un cérat, dans un coin du
Tableau.
Puis enfouir ces moments,
Ainsi que le fit Mémé
De son trousseau de draps,
Au fond du jardin,
Avant l’évacuation,
Vers le pays de Charente
Y revenir plus tard,
Les humer,
Comme un avare, sa cassette,
Jour heureux,
Parmi la fange des heures.
« Allez les gars, on progresse ! »