À l’heure du thé
On visite la maison
Des morts, en songe,
Mais celle de pierre.
Ils sont de chair
Ou ce qu’il en reste,
Comme les vivants,
Ils portent leurs vêtements
De fête,
Le costume sombre,
La houppelande
Pour les jours frais,
La robe de velours épais
Faite pour durer,
Ils sont apprêtés,
Tendent le bras
Des mois entiers,
Pour le bouquet,
La liqueur d’après-midi,
Jusqu’à la crampe.
La dalle de granite
Au pollen,
Au sable du Sahara,
Poncée par le vent
Qui leur fait les carreaux,
Leur chauffe le repas,
On les laisse mourir
De faim,
Alors à la Toussaint
Ils font le plein,
Du Tokyo
Gonflent leurs joues
Les bougies rouges
Disparaissent
Dans les tréfonds
Les cheveux longs s’ornent
Du ruban large
De l’arrangement de fleurs
Ils sont comme nous,
Investissent l’instant,
Cette miette
Arrachée
Au long temps,
Lorsque nous,
Penchés sur eux,
Nous laissons aller
Plus loin,
Que la branche de buis,
La rangée droite des pensées,
Que la trace
De leur courbe
Qui s’est inversée

