Santiago
S’endort
Sur les journaux
Qui racontent le monde
La dévoration de son poisson de rêve
La pêche au lion sur la plage,
La faim est là.
La salade de chou,
Le pain tranché,
Je mange.
Alimenter le foyer
Pousser les murs
Changer la taille des chaussures
Lui faire de la place
Les coutures craquent
Extension du corps avec terrasse
Allumer la lanterne
Le soleil sort
Couleur de luciole
Est-ce la Terre qui bouge,
Ou lui qui tournoie,
Rien n’est à sa place,
Dans un nuage de poussière
Le coeur bondit
Hors de sa boîte,
Que disent les calendriers,
Les oracles,
Les faiseurs de miracles,
Les gardiens des aiguilles
De la montre,
Le printemps
Semé
Fait loi,
L’automne
Tresse des couronnes
De fleurs des champs
Qu’on ne voit éclore
Qu’au printemps,
Le lapin blanc
Qui passe par là,
Parole en grain de sel,
« Attends ! »
Bondit hors champs,
Grignote
Adossé au cadre de bois,
Un brin d’herbe,
Je le pousse du doigt,
Sa fourrure tiède, Dürer,
« Prends ton temps »
Santiago
Sur son chemin de Compostelle
D’eau et de nuit
Confondues
Au même noir,
De sa coquille de noix,
La bulle qui
Monte vers le ciel,
Groseille à maquereau
Translucide,
Lune rosée,
Aux méridiens
Marquės d’un filet,
Forêt Noire,
Je fais cuire des pâtes
Penser déjà
Aux olives violettes
Qui en parsèment
Les écheveaux,
Comme autant
De paires d’yeux
Améthyste,
Les flux d’huile
D’olive
Coulent de la rigole
Qui se forme
À l’hémistiche,
Entre deux pages
Des miscellanées
Ventrèche
Du thon
En boîte,
Dans le jardin,
Près du torrent,
Le pied d’origan,
Le basilic
Aux feuilles
Aussi douces
Qu’une joue
Qui sort
De la vapeur tiède
Du bain
Le Vieil Homme et la Mer
Déployé en Forêt Noire
Nouvelet de juillet oublié,
Ainsi que ce livre animé
Qui ouvre sa roue de carton
Coloré,
Hansel et Gretel,
Je suis Hansel
Des yeux
Qui avance à la sorcière
Un os à lui faire tâter
En lieu et place de son bras
En chair,
Je tire sur la languette
De papier,
Je tire la langue
À l’ogresse châssieuse,
Au couvert de ma chambre
Aux rideaux roses,
Faire durer
Le livre,
Mince,
L’enduire de salive
Quignon,
Plus que la bouche
Ne peut en contenir,
Peser
Soupeser
Chaque mot
Enveloppé dans une feuille,
Lapidaire d’Anvers mystérieux
Qui couve sa pierre,
Faucon au chaperon
Le dérouler,
Comme si à lui
Seul,
Il était rouleau
Celé
Dans un grand parchemin,
Revenir en arrière,
Là.
Il parle à mi-voix
Au poisson
À l’oiseau
À sa main
À sa main !
On visite la maison
Des morts, en songe,
Mais celle de pierre.
Ils sont de chair
Ou ce qu’il en reste,
Comme les vivants,
Ils portent leurs vêtements
De fête,
Le costume sombre,
La houppelande
Pour les jours frais,
La robe de velours épais
Faite pour durer,
Ils sont apprêtés,
Tendent le bras
Des mois entiers,
Pour le bouquet,
La liqueur d’après-midi,
Jusqu’à la crampe.
La dalle de granite
Au pollen,
Au sable du Sahara,
Poncée par le vent
Qui leur fait les carreaux,
Leur chauffe le repas,
On les laisse mourir
De faim,
Alors à la Toussaint
Ils font le plein,
Du Tokyo
Gonflent leurs joues
Les bougies rouges
Disparaissent
Dans les tréfonds
Les cheveux longs s’ornent
Du ruban large
De l’arrangement de fleurs
Ils sont comme nous,
Investissent l’instant,
Cette miette
Arrachée
Au long temps,
Lorsque nous,
Penchés sur eux,
Nous laissons aller
Plus loin,
Que la branche de buis,
La rangée droite des pensées,
Que la trace
De leur courbe
Qui s’est inversée
Streusel for Jeeves
A cup of Worcestershire sauce, dear ?
J’essuie un refus poli,
Jeeves, le visage
Rather some tea