ce que vos yeux vairons

Mois : septembre, 2022

Passage de témoin

Si tu rencontres
Assis au coin d’une rue
Un mur à visage humain.
Tu es sans ressource,
Il n’a pas de main,
Derrière la cloison,
Où sont les viscères utiles,
Lui ne cache rien,
Tu lui parles,
Il fait fronton de son front,
Te renvoie la balle,
Il avale la pièce
Que tu glisses dans sa bocca
Qui tombe,
Passe ton chemin,
C’est une bulle
Et son monde
Pris dans de la brique,
Prière à un dieu et demi
D’occuper le terrain

Lecture

Une mouche minuscule
Des eaux stagnantes selon Jeeves
Trottine sur les motifs de la nappe
Aussi larges qu’une assiette
Service, nénuphar Victoria,
Je pense pour elle
Elle a cet air de bijou
Que l’on pourrait
Porter sur le lobe
De l’oreille
Sur le journal,
Je relie
Les mots sur lesquels
Elle s’arrête,
Monde de sa langue
Par saccade.

Dilatation

Une lame de plancher
Craque et s’étire,
Un premier soleil passe sa cire,
Microsillon,
L’aiguille dépoussière
La chanson
Septembre tourne,
Les tout petits grains
De raisin de Meuse
Noirs de Jeeves,
Bouton de bakélite,
Un air de Bix Beiderbecke
N’irait pas mieux avec

Après la grêle, le ciel se tient à carreau

Sur le chemin de la grêle, la peau

Fuit la pluie

Grains de grêle

Le plaisir des sens, Raymond Devos

”Longtemps, je me suis couché de bonne heure”
La boule au ventre
L’école, l’enfer/me/ment et mon malheur

Jeu d’eau

À la demande de Jeeves
Un nuage se pose
Sur un presse-agrumes
Tout ceci pour conclure
Et que je dise
”Laisse tomber la neige”

Premier septembre

Journal des nouvelles
Du jour de par le vaste
Monde, page 3
Le repli sur soi
Si tu es blindé, achète
Une porte blindée

Page 7, Planète
”Au milieu du siècle, la porte
Des 50°C est ouverte”
Christophe Cassou, climatologue