Nous nous serions
Perdus
Par la vue,
Mais le cœur
Visière de celluloïd,
Manchettes de lustrine,
Vous télépathie.
Le lieu demeure
Dialogue au coin
Du feu intérieur.
La ville est si petite,
Le dire,
Et la voilà moins que hameau
La chapelle avec son moellon
En porte-candélabre,
Pour une molène,
Poussée là,
La maison forte,
La petite maison bâtie
Autour de l’armoire de noyer
Qui file jusque sous les toits,
Les piémonts du ciel,
Entre les poutres.
Vous voilà, Eva,
Et celui qui dort, à côté de vous,
Collecteur de résine d’arbre,
Courbés l’un vers l’autre
Front à front
Un peu gibbeux,
Les deux moitiés
De la silhouette
D’un cœur.
Hier au soir,
Nous avons ouvert
Le petit sarcophage d’or
Qui donne sur les mousses de la forêt du premier août 2011,
Pluvieuse, et chaude
La clairière aux grosses racines
Un verre de Rosette sucré respire
Les feuilles craquent
À peine sous le pas de fée d’Éva,
Le cercle des champignons des bois,
En gentil sabbat,
Comme surpris,
Le panier se remplit,
Se vide dans les boîtes de conserve
Vases canopes,
Ici les pieds,
Là les chapeaux
La machine à sertir les couvercles
Les a endormis,
Sommeil de Belle au Bois Dormant,
Depuis 11 ans.
Et au soir
Nous sommes, Jeeves, Carter et Carnarvon
La lumière sur les fruits du passé
L’amitié, pays de Cocagne,
Aussi neufs
Que si le temps n’avait pas grandi
Sous la toise.
Dire qu’il est au point mort
Ne veut rien dire.
Le souvenir bat,
Vie de tardigrade
Engourdi
Le saisir,
De la paume
Lui faire un nid,
Le poser
Au fond le la poche,
Il y a aussi
Le noeud
Dans le mouchoir
Qui tiédit
Écoutez-moi Benoît
Lapsus
Il sort de
Sa bouche jolie
Du benjoin
Car le soufflet
De l’accordéon
Est de papier
D’Arménie,
Des dessins
De Poulbot
Des bancs
Où poussent
En liserons enlacés
Des amoureux,
Jeeves,
De Peynet,
Et Mouloudji
Avant que le moucheron
Né de la nuit d’octobre tiède il y a peu
Ne s’y noie,
Tu te hâtes,
Vides le fond noir
De ton bol,
Le café
Ne sera pas
Tombe
Une miette de pain
Tu ne veux pas
Hâter sa fin,
La nuit,
Ou demain,
Sur la table,
Tu le trouveras
À côté du cercle
Brun,
Marque de pas
De la tasse
Que tu auras
Oublié d’effacer.
Assis,
Ou couché.
Lire
Le boustrophédon sinueux
D’un animal de trait
Le pied, le doigt suivent
La ligne
Tu reconnais
Chaque aspérité du chemin
Tu ne manques rien
Du lacet arpenté cent fois,
Ce poème dont tu élimes
Les coudes, les genoux
Du vêtement
Tu y reviens souvent,
Tu fais le plein
De gazoline,
Alice et le vase de Chine, petit enfant,
Et puis soudain,
L’entorse
À l’habitude,
Ton pied dévie
Du droit chemin
Lecture du pavé
Moussu de la traboule,
Tu laisses
L’artère
Pour la veinule ombreuse,
La venelle au linge pendu,
Aux oriflammes,
Monde en réduction,
Une bronchiole
Au cœur du poumon.
Tu ricoches,
Galet à cloche-pied,
Qui passe,
De pas japonais
En pas japonais,
Tu lisses
La branche d’aliboufier
La main posée en transparence
Sur celle de
La Princesse Errante.
Stolperstein.
L’intérieur d’une joue en sang,
La marche tremble comme une feuille.
Mais le soleil au bout du boyau, une bougie qui fume
Lavent les miasmes, l’encens, tous les baumes
Tu secoues la tête, percheron placide
Qui chasses le cheval de cauchemar de Füssli,
Les volutes d’opium,
Contre un verre
De vin doux
À chaque nouvelle
Mauvaise,
Planter une fleur.
Vu du fond
De l’univers
Un habitant
Lit notre monde.
La Terre,
Semblable
À ce kokedama,
Mais de près,
Sur l’argile,
La mousse,
Une détonation.
L’artifice.
Le très-lointain
Lit entre les lignes,
Du velours de l’orchidée,
À l’abeille,
Sur la canine
De la dionée
Dans les grandes lignes.
Une forme ronde.
Plat
Patène
Écuelle
Jatte.
À droite, posée
En cuillère à soupe,
Invisible monogramme,
Oh !
Car le chat
Vit
Autant le lait
Que de caresse,
Sa brosse
Un soleil
À huit branches
Qui tisse des nuages.
Le ciel, pavé de labyrinthes de fil
Y rassemble la pluie
Qui tombe,
En feuilles ajourées,
La soie,
Entre les baroques
D’eau,
Qui vont
Verdissant,
La chute,
Sans précipitation,
Gravité
Retenue,
Lenteur,
Vers les prés