ce que vos yeux vairons

Mois : novembre, 2022

Le vent dans le dos

Midi samedi

Le mur constellé
L’ingrain à la saumure
Lapis-lazulé.

Le store vénitien,
Qui ne tient plus que
Par un tendon,
D’un côté.
La maquette du voilier,
Le cordon du volet.
Il va faire nuit,
Tout est en place,
Le pot de sel
Sur le rebord.
Je tire sur le cordon qui décroche le store à moitié qui choit sur le mât de beaupré qui pousse le pot par-dessus bord
Rubson Pollock sur le papier
Obao sur le parquet,
Bleu.

Sous-jacent

Poisson des profondeurs
Dont on voit battre tous les organes
Du coeur
Luminescence
Dans la plus-qu’obscurité
De la couleur du sang
Limule, bleu, échouée,
Encre épaisse de la nuit
Fait le velours de l’écrin
Au joyau facetté,
Lanterne sur le front,
Immobile,
Les yeux plus gros
Que le ventre
Gonflé.

Limpidité du discours,
Deux taurillons en récréation,
”Ça ne te regarde pas”
L’antique ”Pousse-toi, ton père n’est pas vitrier”

L’heure sombre sur sombre
Semblable au fond d’un jour de novembre,
Passée la pluie qui diffracte le soleil en suspension

Monde d’hier
Supposé n’avoir pas varié aujourd’hui,
A dit,
Trouver l’entrefilet,
Remonter du carrelet,
Du diatrème,
Le poisson à prix d’or,
Dans son écrin de cristal de roche,
Aussi dur que la pierre
… dans certains supermarchés de Lisbonne ou de Porto, des boîtes de thon à 1,79 euro sont désormais  vendues enserrées dans des coffrets plastiques antivol.”

Cœur serré de Santiago,
Qui dort en fin de compte

Derrière l’horizon

De pierre en pierre
Autour de l’étang,
La grenouille bondit
L’herbe est toujours plus verte ailleurs
Le caillou accueillant,
Son bocal
Aux berges de terre,
N’a rien à envier
À celui du poisson,
Avec grotte,
Coffre au trésor
Qui bée,
Bulles,
Doublons d’or
Sur l’étagère

Recette

La poudre à lever,
Ces chansons d’Aznavour
Qui tournent
À la ronde
La main de Jeeves
Qui l’a choisi,
Discobole,
L’album
À feuilleter,
Quelques rangs
Du champ de blé,
Le fruit à la coque, brun,
Doublure de blanc,
Posé sur un pic,
Et que quelqu’un
Polynésie,
Râpe,
Il neige,
Noix de coco,
Oreille
Au tiaré,
Jeeves sur une cavale
Va cueillir
Le cimier vert
Bouzkachi
D’une grenade
D’ananas,
Je vais la trancher
Les dés sont jetés
Graines du vanillier,
Lunettes à souder,
Je me poste devant la vitre
Je prends le quart devant le four,
Je couve du regard,
Le gâteau,
Moule rouge et noir,
Pâte
Qui montre patte blanche,
Et point,
Soleil sur l’horizon,
Je vais au salon
Monde,
Et Jeeves

Sur l’étagère

Une vague
Qui viendra cent fois se casser sur le bord
Et retournera loin en mer
Former son rouleau,
Ritournelle,
Tant qu’il y a un océan,
Qualité du sable
Qui reçoit sa dissolution
Éphémère.
Ce fruit qui continue à mûrir après la cueillette
Dans un coin de la cuisine
Et dont le point minuscule
Emplit l’air de la maison,
Omniprésence diffuse,
À la manière de ces brûle-parfum,
Qui ne commencent à répandre
Leurs essences
Qu’à partir du moment
Où l’on souffle sur la mèche,
Une bougie, tête à l’envers,
Dont la lumière point
Brillamment
Seulement
Lorsque sa flamme
S’éteint.
Ainsi, de certains poèmes,
Qui ne vous tombent pas des mains,
Inscrits,
L’encre tatoue son dire littéralement
Persistance rétinienne de la mémoire,
Auxquels l’on revient,
Régularité
Du mouvement,
Une vague,

Les hauts de la cour d’or

Le lierre
Qui des lustres
A poussé
Autour du lampadaire
A pris flamme,
Couronne la sommité
De verre
D’une étincelle,
Ouvre l’ombelle
Des rayons,
La double
D’un reflet noir
D’ombre,
Impasse,
Et pers

Martinsgänse

D’un ton docte
Cartomancie avisée
Elle me jette
”Vous êtes dure”
Elle ne m’a pas tutoyée,
Le pire.
Son visage roux,
Carnation de la bonne mine,
La patène de sa paume,
Blanche,
Le dos de sa main, brou.
La semaine suivante, veille de la fête des mères.
J’avais une rose unique
Rouge et verte,
Sous cellophane,
Avec bolduc,
Autour de la tige.
Elle me la prit,
Sans plus.
Quatorze jours plus tôt,
Vers les hauts de la cour d’or,
En sortant du cours.
Le mélisme sur la langue,
La faim au ventre,
À grands coups de dent dans le pain
Du Brötchen,
Que je n’ai pas partagé.
La mendiante me l’avait
Pourtant demandé.
Tunique de Déjanire
Sur ma joue,
Le reflet
D’un pétale
De la rose,
Mémoire de forme
De la peau.

Hivernage

Le temps se couvre.
Ajouter à la liste de courses,
Des boules semblables à ces Meisenthal à oiseaux
Piquées de graines
Les suspendre tout au fond du fouillis des branches
De l’arbre à coings,
Pour les minuscules mésanges.
Prévoir pour les goliards et rusés corbeaux
Qui en un rien de temps
Ont appris à déchiqueter les minces filets verts
Et emportent la nourriture des petits oiseaux
Des collerettes de tôles,
Ou de carton,
Moins perçantes
Que ces fraises élisabethaines,
Pour la leçon,
Un peu à la façon
Du Lièvre de Vatanen

Temps radieux, point météo

Il pleut
La voiture étant ce qu’elle est
Et étant donné le prix au litre de l’or noir versé à ses chevaux-vapeur,
Et le nombre de villages soudés bord à bord,
À fendre d’un pas de sénateur,
Calculer,
L’index au vent,
En ayant pris soin de consulter la carte des précipitations annoncées,
L’heure de départ idéale
Pour arriver à se saisir
À l’hyper
D’un caddy
À la poignée
Sèche,
Archi-sèche,
Jour honni
Des courses