ce que vos yeux vairons

Mois : novembre, 2022

Sous cape

Jeeves
À la recherche de sa poche intérieure,
Fait les poches des parois,
Dextre et sénestre
De sa veste,
Envolée,
Le besoin d’y glisser
Son viatique du matin
A cousu
L’ustensile désiré
À gros points,
Le souvenir créé
À l’instant,
La main tâtonne,
Montre le rectangle plus clair,
Comme ceux des fondations de ces latifundia
Disparus dans les champs de blé
Dont on aperçoit le rectiligne
Au moment des andains,
Si l’on prend place
Dans l’osier de la corbeille
D’un ballon,
Par temps calme,
Et clair.
Un ange passe…
Dans la rue,
Au bout de la longe
Qu’étire la course dynamique
D’un granite gris,
La dame au husky
Vole derrière
Son chien,
Les feuilles en assiettes
À dessert
Des platanes
Sur la place
De la poste.
Le vent.
Le jardin est plein
Des ailes de Jeeves
Qui sèchent,
Sur le fil,
Lessive d’ange
De mauvaise foi
En quête d’une poche
Qui n’existe pas.

Le jardin

Origamie

Tutu au plissé
Soleil,
Je débarrasse
La table
Je contemple, de chacun,
La façon d’avoir lissé,
Ou non,
L’étui de papier ciré
De son muffin aux pommes.
Je parle,
Vestiaire des petits coryphées
Abandonné
À l’heure tardive,
Les miettes,
Les jonchées
De la conversation
Dans le miel
De la lumière d’automne

Amie

Diatribe guerrière,
L’air du temps.

Isabelle m’enchante
De plis canon
Sort sa surjeteuse en pensée
Explication du réglage
Enigma de la machine,
La Tarasque sur le Rhône
Et les deux villes en miroir
Sur l’eau,
La dentelle au cent fuseaux
Sur le tambour qui courent
Comme les rubans autour
D’un arbre de Mai
Ses mains sont deux oiseaux
Effilés, ceux de Folon
Dont le parcours en ciseaux
Jamais ne rompent le fil
Je renonce à saisir les méandres des circonvolutions en accent circonflexe
La cataracte des gestes qui soudain ralentit,
Tu as compris ?
Je lui demande comment elle trouve mon gâteau
J’ai freiné sur la cannelle,
Elle qui est tout anis

Cendre de glace

Os de seiche et encre de seiche
Nuit blanche à Seattle
Réflection des sapins
Sur les frères
Du versant
Outre-Rhin
Le prénom
De la forêt
Varie,
Vert
Et son contraire,
Ubac
Et adret,
Deux pans
En Janus
Siamois
Reliés
Par le chemin de crête
On tourne autour du pot
Tabou,
Le mot à la mine de crayon,
On brode
La doublure du blanc,
Fourrure de vair
De petit-gris
Ombreux
Le soir
Bleu s’abysse,
Les volets tombent

Le feu sous la glace

Automne sous le velum

De loin,
Paresseux,
Sans cligner des yeux,
Jusqu’à la fente percée,
De l’oeil de chat,
Les vignes,
En rang de plaqueminiers.
Ces taches à la découpe ronde,
Stylisée, aux doigts coupés,
Une feuille laquée de pinot gris,
Le feu aux joues,
Un kakémono déroulé
Depuis le haut de la colline,
Avec un reste de brume sortie
Comme un trésor de dessous le manteau
Les géraniums aux fenêtres
Chassent de l’odeur amère de leurs feuilles
Des moustiques tigres
Au pelage rayé,
La sonnette du crotale
Les vents de poussière
Qui chaulent
Les cursives des colombages,
Quelque chose
Du monde des couleurs
Se dilue,
L’autre face
De l’hémisphère,
De la saveur
Inusitée
Du fruit.

J’entends-j’attends le clic
De la chaudière
Qui se met en route
Et s’éteint,
L’ennui
Le temps pour elle de faire une toilette de chat
Depuis le demi d’une année
Puis retombe dans son sommeil,
Le soleil est là

Automne

On a changé de lumière
Décalée
Le calendrier a des mouvements
De balancier,
De ressac,
Vague de l’été,
Aux accents roux,
Calciné.
On se souvient des jardins de pierre
Aux racines dures et grosses
Comme des fers tors
À bétonner,
L’envers de la paume
Douce, et rose,
La mantille bleuie
Couchée en ronde-bosse
Sur les veines du dessus.
Sous les feuilles d’or
De l’arbre à coing tombées
Avec la parcimonie d’un goutte à goutte,
L’herbe verdit sortie
De sa dormition
De son état poudreux
Des Raisins de la Colère
Désertique,
Terre et os,
Une mine à ciel ouvert
Vert,
Veine de plantain
De pâquerettes retardataires,
D’huîtres perlières.
D’où crois-tu
Que vient
Toute cette rosée